Bouveresse, Jacques
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Core ideas
Bouveresse précise d'emblée qu'il n'est pas « contre Foucault » : il le considère comme un philosophe important, « probablement un des plus importants parmi les philosophes contemporains », mais il est contre un certain nombre de choses que Foucault dit sur la vérité, qui lui posent « d'énormes problèmes », et contre un bon nombre des utilisations qu'on fait de lui (dont Foucault ne peut être tenu pour directement responsable, mais qu'une certaine ambiguïté de ses positions a pu encourager). À ses yeux, Foucault n'a pas fait progresser la réflexion sur la vérité, alors que Nietzsche est sur ce sujet « plus subtil, plus profond et beaucoup plus ambivalent » : Foucault lui impute une conception de la vérité « beaucoup trop simple et univoque », selon laquelle la volonté de vérité n'est qu'une forme de volonté de puissance et la vérité ne peut être que l'effet de l'exercice du pouvoir. Bouveresse accepte l'idée, devenue presque banale, que la diffusion et jusqu'à un certain point la production de la vérité passent par des dispositifs de pouvoir ; le problème est l'exagération qui conclut qu'une vérité ne peut être qu'effet du pouvoir.
Il distingue l'histoire de la vérité, qu'il juge impossible (il ne comprend pas en quoi elle consiste, Foucault ne l'ayant jamais expliqué), de l'histoire des croyances ou de la connaissance de la vérité : des vérités différentes ont été admises selon les époques, mais cela ne prouve pas qu'il y ait plusieurs concepts de vérité. Il critique l'idée, tirée de Marcel Détienne et de la leçon inaugurale (L'Ordre du discours), d'un changement de statut de la vérité entre Hésiode et Platon (de ce que dit le poète ou le devin à ce qui est conforme à la réalité) en suivant l'objection de Bernard Williams (Vérité et véracité) : avant ce changement, il ne s'agissait pas de vérité. Il rappelle que Nietzsche est, dans L'Antéchrist, radicalement anti-pragmatiste : la vérité est souvent désagréable, douloureuse, rarement utile, et Foucault simplifie sa position ; il retient chez Williams deux tensions constitutives (vérité et véracité, respect de la vérité et question de sa valeur). Il applique à l'analogie foucaldienne entre la distinction raison/folie et celle du vrai/faux la réserve que le faux n'est pas toujours exclu par arbitraire : il arrive qu'il soit « réellement et objectivement faux ». Il reproche à Foucault une recherche systématique de la généralité et une « diète unilatérale » (Wittgenstein : se nourrir d'une seule catégorie d'exemples, ici les cas où le lien savoir-pouvoir est évident).
Sur l'orientation politique, il reprend l'opposition (Vincent Descombes) entre un Foucault « américain » (réformiste libéral, lu par Richard Rorty) et un Foucault « français » nietzschéen et radical, en les jugeant inexactes l'une et l'autre ; il partage la gêne de Rorty devant l'absence d'un mot positif de Foucault sur la démocratie libérale, son scepticisme radical sur le progrès (qui semble nier jusqu'au progrès des connaissances scientifiques) et son attitude ambiguë devant la révolution iranienne. Il s'explique aussi sur Nietzsche, auquel il est revenu toute sa vie (« un auteur que je lis et relis sans cesse ») : il l'a longtemps jugé un « excitant » (Valéry) plutôt qu'une « nourriture », et s'étonne qu'on ait pu en faire un penseur de gauche, un « presque gauchiste libertaire », alors qu'il est contre l'égalité, la démocratie et le socialisme, tout en comprenant comment certains textes (contre les « positivistes » de « faible volonté de puissance ») ont pu être récupérés. Il termine en soulignant que le Collège de France est aussi un lieu où l'on discute sérieusement ses prédécesseurs, rend hommage à un collègue du Collège de France (nom mal transcrit, probablement Jules Vuillemin) qui avait présenté la candidature de Foucault et affirme avoir pris Foucault très au sérieux dès sa leçon inaugurale.
Excerpts
“« Que la diffusion de la vérité, et jusqu'à un certain point sa production, au moins au sens de la mise au jour, fassent intervenir des dispositifs de pouvoir, je suis tout à fait d'accord, je n'ai aucun point de désaccord avec Foucault sur ce point. Le problème, c'est plutôt l'exagération qui va jusqu'à l'extrême dans ce sens et qui aboutit à la conclusion qu'une vérité ne peut être qu'un effet du pouvoir. »”
“« C'est une entreprise impossible de faire l'histoire de la vérité. Ce qu'on peut faire, c'est l'histoire de la connaissance de la vérité, et c'est très différent. [...] Il ne nous a été expliqué à aucun moment en quoi consiste exactement cette histoire de la vérité. »”
“« Il y a des choses qui sont exclues comme fausses par un arbitraire qui est un acte de pouvoir, on en est bien d'accord. Mais on peut espérer qu'il arrive au moins de temps en temps que le faux soit exclu non pas parce qu'on a décrété qu'il devait être exclu, mais parce qu'il est réellement et objectivement faux. J'ai beaucoup de difficultés à accepter cette idée généralisée à l'extrême. »”