Gomez-Mejia, Gustavo
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (exposé d'environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec de nombreuses erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres et les termes techniques ; les références à des collègues du colloque restent peu identifiables)
Core ideas
Ce qui fait écran à l'écriture. Gomez-Mejia part d'une approche « technosémiotique » des sites de réseaux sociaux (MySpace, Facebook, YouTube), avec l'idée qu'il faut descendre jusqu'aux « pixels » de l'écran. Il oppose à cette lecture les « discours d'escorte » (promotionnels, médiatiques, scientifiques) qui annoncent une transformation sociale par le numérique : ces discours favorisent l'appropriation sociale des techniques et rassurent des investissements incertains, mais forment aussi des matrices de mots figés (nuages de tags, « web 2.0 ») qui tournent sur elles-mêmes et empêchent de regarder les formes d'écriture réelles. Une « poétique industrielle » doit au contraire décrire l'écriture comme un montage discipliné, tout en reconnaissant l'attrait expressif qu'elle offre aux utilisateurs.
Premier regard : la forme. Les noms de sites sont à la fois des métaphores (« livre de visages », trombinoscope), des marques déposées et des adresses (URL : protocole, « world wide web », domaine commercial) ; ce que les étudiants lisent comme transparent est en réalité un programme imaginaire et commercial. Le « profil » est un tableau, au sens de Jack Goody et de Foucault : il ordonne et discipline l'écriture, transforme la question « qui es-tu ? » en remplissage de formulaire et réduit le numérique à une « politique a minima » de champs de saisie et de boutons de soumission. La « personnalisation » ressemble aux plaques d'immatriculation « vanity » américaines : un nom propre superposé à un standard industriel.
Deuxième regard : les valeurs médiatiques. Les modules standardisés (flux, « stream ») naturalisent des valeurs : l'actualité (l'ordinateur compte et classe le temps, donc chronologie et listes), la popularité (les choses ne sont pas populaires en soi, c'est la quantification à l'écran qui les rend telles) et la grégarité (le fan, le « ami »). Il appelle « conscription » le fait d'être « écrit ensemble » : on s'inscrit en devenant fan, ce qui fait de chaque jour une nouvelle intrigue, jusqu'à l'anecdote d'une étude de presse selon laquelle 35 % des femmes consultent Facebook dès le réveil.
Troisième regard : le modèle économique. Ces dispositifs relèvent d'une « économie d'intermédiation » entre audiences et annonceurs : le « j'aime » produit industriellement une bonne volonté envers les marchandises (Adorno, Barthes), et le mot « fan » s'étend de la culture aux marchandises en général. Les discours sur le partage « entre amis » préparent les traces à être lues par les marketeurs. Gomez-Mejia termine avec Michel de Certeau (« économie scripturaire »), la notion de sensorium (Benjamin, Valéry) et l'espoir que les enseignants forment des « examinateurs critiques » plutôt que distraits.
Excerpts
“« des champs de saisie textuel avec un signe passeur de soumission »”
“« les choses ne sont pas populaires en soit »”
“« 35% des femmes disent que le premier geste la journée consulter facebook »”