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de Beauvoir, Simone

romancière et philosophe

Simone de Beauvoir - Entretien (Premier plan)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques phrases ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Beauvoir commence par dissocier l'existentialisme philosophique de l'image tapageuse de la jeunesse de Saint-Germain-des-Prés, qu'elle juge sans rapport (« une question de topographie » : Sartre fréquentait ces cafés pour y travailler). Elle explique que l'existentialisme de Sartre, athée, ne pose pas de questions métaphysiques sur la « cause » de l'homme : l'homme est sa propre raison d'être, et le bien est « tout ce qui sert l'homme, son bonheur, sa liberté, le développement de sa vie », le mal tout ce qui l'entrave ; la morale est « une question concrète d'efficacité », non de principes éternels. Elle assume l'engagement politique (opposition à la guerre d'Algérie et à l'oppression « sous toutes ses formes », engagement d'opposition au régime en place), le justifie par une conception du monde mûrie par l'expérience, et rappelle que son roman « Les Mandarins » prend des libertés avec l'histoire, mais que Sartre a bien parlé des camps de concentration soviétiques. Elle précise que l'existentialisme et le marxisme sont « proches » parce que tous deux matérialistes (au sens du primat du besoin et de la rareté), et que l'oppression ne disparaîtra, selon elle, que si l'abondance remplace la rareté.

Sur l'amour, elle dit qu'il est « vouloir créer avec un autre être des liens qui ne sont pas des liens de possession », reconnaît que la jalousie peut exister mais n'en fait pas la « forme la plus haute », et rejette l'idée d'une « nature féminine » (« je ne crois pas à l'existence d'une nature humaine »). Elle dit que « Le Deuxième Sexe » n'est pas un livre de revendications mais un livre de description : elle ne se préoccupait pas du problème jusqu'à ce que les expériences d'autres femmes le lui révèlent ; la vraie libération passe pour elle par le travail, que seule l'abondance garantirait à tous. Elle critique l'identification de la femme à la maternité, juge le mariage institutionnel « obscène » lorsque rien d'autre n'unit les époux, voit en l'assouplissement du divorce un progrès, et recommande que les enfants vivent davantage entre eux (elle cite l'organisation des kibboutz). Elle raconte qu'elle n'a pas décidé d'avoir ou non des enfants : sa vocation intellectuelle l'a éloignée du mariage.

Sur la religion, elle décrit une foi ardente dans l'enfance qui s'est « évaporée » vers 13-14 ans à force d'être épurée (« Dieu n'avait plus aucun rapport avec ce monde »),, puis confirmé selon elle par la lecture de Kant et de la philosophie ; elle dit qu'on ne peut pas prouver que Dieu n'existe pas, mais que c'est aux croyants de prouver, et distingue les croyants (prêtres progressistes ou défenseurs de l'ordre colonial). Elle parle de ses mémoires (le deuxième volume, jusqu'à la fin de la guerre, pour décrire sa formation comme être humain et comme écrivain, avec « rien que la vérité » mais pas « toutes les vérités »), de sa méthode (deux versions, un premier jet « au galop », recherche documentaire dans la presse de l'époque, retour sans cesse sur l'ensemble comme le peintre), de la « distance à soi-même » plus que de la sincérité, et de son essai unique de théâtre (« Les Bouches inutiles ») qui la convainc que le roman convient mieux. Elle juge l'excès de technique chez certains jeunes romanciers (Robbe-Grillet, « La Jalousie », jugé involontairement « bourgeois » dans sa conception de l'amour possessif), compare la condition des femmes en Chine (émancipation légale, vestiges comme les pieds bandés) et aux États-Unis (une émancipation « extérieure ») et conclut qu'elle espère la paix parce que la guerre devient trop destructrice, avec seulement de « petites guerres locales ».

Excerpts

“« Nous pensons que la morale n'est pas une affaire de principes et de valeurs éternelles, mais avant tout une question concrète d'efficacité : il s'agit toujours de servir le bien, le bonheur, la liberté des hommes. [...] Ce que nous trouvons bien, c'est tout ce qui sert l'homme, son bonheur, sa liberté, le développement de sa vie ; tout ce qui entrave cela va mal. »”

“« Je ne me suis même pas souciée de ce problème jusqu'au moment où, à travers les autres femmes que j'ai rencontrées, j'ai vu leur expérience : je me suis rendu compte qu'il y avait un malheur proprement féminin. Mais personnellement non, parce que j'ai fait les études que j'ai voulu, sans difficulté, et je n'ai jamais trouvé d'hostilité parmi mes camarades. »”

“« Je dirai rien que la vérité, je ne dirai pas toutes les vérités. [...] Ce qui m'embarrasse, ce n'est pas la sincérité, c'est la distance à moi-même : il faut trouver une distance qui soit à la fois de la sympathie et de la critique. »”