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Illich, Ivan

penseur, ancien responsable d'éducation à Porto Rico, directeur du centre de documentation culturelle de Cuernavaca au Mexique

Ivan Illich - Comment changer l'école ?

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée ; les passages incertains sont omis ou résumés prudemment)

Core ideas

L'émission présente Illich comme un contempteur du « modèle officiel de l'école », qui a dirigé un centre où des milliers d'adultes ont appris l'espagnol et la culture latino-américaine, et qui connaît par expérience le conformisme des universités riches et le gaspillage des pays pauvres (jeunes diplômés étrangers à leur pays, enfants de milieux modestes rejetés). Il explique avoir été chassé de Porto Rico alors qu'il siégeait au comité qui dirigeait l'éducation publique et recteur d'une université catholique : il réclamait plus d'argent public pour l'école publique et dénonçait la concurrence des collèges privés, catholiques compris. Six mois plus tard, il comprend que le problème n'est pas de réformer l'école : tant qu'elle existe, l'enfant y apprend d'abord que apprendre est le résultat d'un processus institutionnel, que le savoir vaut davantage quand il s'accumule année après année, que ce qui est valable est ce qu'un professionnel transmet, et qu'il est lui-même « classé » par un bureaucrate. Il distingue ce qu'un élève ou un instituteur fait dans certaines circonstances (une bonne journée avec un bon maître) de ce que l'école fait structurellement et inévitablement.

Pour lui, l'école est à la racine d'une capitalisation du savoir : le savoir devient une marchandise que l'on accumule intérieurement et que l'on prouve par des certificats, justifiant des privilèges. En traduisant « croissance personnelle » en « éducation » puis en « scolarité », on fait de l'épanouissement le résultat de la consommation d'un produit institutionnel ; il n'y a pas d'alternative au capitalisme tant qu'on continue à capitaliser les gens en savoir. Il étend cette analyse à la santé, à l'habitat et à la vitesse (transports) : en Amérique latine, les normes d'habitabilité rendent une maison minimale inabordable pour la majorité, et il faudrait remettre dans les mains des gens des outils pour se soigner et se loger eux-mêmes. Il critique le socialisme quand il garde le caractère de marchandise des services (il cite Marx sur la marchandise) et parle d'une « triple dégradation » du monde moderne : épuisement des ressources, dépendance à des marchandises dégradées, polarisation sociale.

Contre l'accusation d'utopie ou de nostalgie (« conservateur néolithique », dit-il avec ironie), il propose trois exigences : la simplification (un monde assez simple pour qu'on puisse apprendre de la vie), l'inversion des institutions (des institutions qui mettent à disposition de celui qui veut apprendre un monde simple plutôt que des entonnoirs qui versent le savoir dans l'enfant), et la déprofessionnalisation (comme l'on a déprofessionnalisé la lecture et l'écriture, on pourrait le faire en médecine ou en premiers secours). Il oppose l'« espérance » (ouverture à la surprise que l'autre, même non professionnel, puisse me soigner ou m'apprendre) à l'« expectative » (l'attente d'un produit qu'une institution me livrera), et la convivialité à la productivité des institutions, qui finit par rendre impossible la disponibilité mutuelle. Politiquement, il propose de chercher non le minimum que tout le monde doit avoir, mais un maximum suffisant sur lequel toute la communauté s'accorde (vitesse, outillage de santé), et de passer d'une économie de circulation à une économie stable qui reconnaît que le monde physique est limité alors que l'invention, la poésie et l'imagination ne sont pas des marchandises. Il termine en citant un poème aztèque sur le prêt mutuel des vivants le temps d'un court passage.

Excerpts

“« L'école enseigne à l'enfant qu'il a besoin de l'institution pour apprendre. Il enseigne à l'enfant qu'il ne peut pas apprendre ce qu'un autre a jugé appartenir à une classe supérieure. Il enseigne à l'enfant de se sentir classé par un bureaucrate. »”

“« Je parle de l'inversion des institutions : au lieu des institutions que nous avons, qui sont des entonnoirs pour donner le savoir à l'enfant, je demande des institutions qui mettent à la disposition de celui qui veut apprendre un monde assez simple pour pouvoir apprendre de la vie. »”

“« Quand on me demande si je suis utopiste, je pars pour la simplification et pas pour le romantisme. Je parle pour l'inversion de la fonction des institutions, et pas contre toute institution, et je parie pour la déprofessionnalisation et la personnalisation des valeurs. Je ne parle pas contre la compétence. »”