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Gallimard, Antoine

éditeur, PDG des éditions Gallimard, troisième dirigeant de la maison après son grand-père Gaston et son père Claude, président du Syndicat national de l'édition depuis 2010

Antoine Gallimard - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les titres et certains chiffres ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Une maison de famille, laïque et d'écrivains (épisodes 1 et 2). Gallimard raconte l'origine de la maison : la Nouvelle Revue française (vers 1908-1909) fondée par Gide et des amis (Claudel, Jacques Rivière, plus tard Paulhan) pour échapper aux écoles, puis l'arrivée de Gaston Gallimard, fils de famille cultivé et passionné de théâtre, d'abord engagé comme secrétaire, qui apporte l'argent et le sens pratique, et la naissance du comptoir d'édition sous la marque Gallimard, non sans rivalité avec Gide. Il décrit la maison comme « laïque », un peu anti-bourgeoise et exigeante, dont la première cause est « la littérature elle-même ». Il évoque la généalogie familiale (frères, cousins, sa sœur Isabelle, la holding à 25 % chacun avec les actionnaires de référence) et la crise des années 1988-1990 : à la succession de son père, des actionnaires familiaux mettent la maison en vente (Bouygues, Lazard, Lagardère sont cités dans le transcript), ce qu'il a fini par surmonter. Il insiste sur l'indépendance : pouvoir lancer un secteur jeunesse, des guides de voyage ou une collection sans demander l'autorisation d'un actionnaire, et sur la durée (trois dirigeants en cent ans) ; il espère qu'une quatrième génération prendra la suite mais ne l'affirme pas. Il note aussi une « financiarisation » du secteur qui, selon lui, a modifié l'économie du livre et les mentalités, avec la montée d'agents littéraires.

Lieux, collections, comité de lecture (épisode 2). Il parle du 5 rue Sébastien-Bottin (rebaptisée pour partie rue Gaston-Gallimard), de la maison comme lieu des auteurs (réceptions, bar, comité hebdomadaire), puis de la collection blanche (créée en 1911 ; environ 6 500 titres ; Belle du Seigneur d'Albert Cohen vend encore 20 000 à 30 000 exemplaires par an) : « l'habit de la maison ». Il décrit le comité de lecture, hérité de l'origine et assez impressionnant dans sa jeunesse (Gaston et sa présence silencieuse, puis des écrivains et éditeurs dont les noms sont transcrits Des Forêts, Quignard, Florence Delay, Pontalis, Pierre Nora, Laclavetine, Le Clézio, à vérifier), et défend le principe d'y mêler écrivains et éditeurs plutôt que d'en faire une « chambre d'enregistrement » ; il rappelle quelques refus célèbres (Proust, d'abord publié chez Grasset à compte d'auteur puis racheté ; le Voyage au bout de la nuit de Céline, qui a échappé à Gallimard). Pour lui, « le meilleur juge de la littérature, c'est le temps », ni les éditeurs, ni les libraires, ni les auteurs. Il évoque aussi la fabrication (préparateurs de copie, correcteurs, service artistique) et le coût de la qualité, la Pléiade, Quarto, Poésie/Gallimard.

Industrie, diversification, groupe (épisode 3). Gaston Gallimard s'est diversifié (le journal Détective, Marianne, le cinéma avec une société qui a produit Renoir, le théâtre du Vieux-Colombier) ; Claude Gallimard a bâti le groupe, avec la distribution (Sodis) et la séparation d'avec Hachette (le poche Folio, qui vend plus de 12 millions de livres par an, la jeunesse avec Harry Potter, les éditions populaires comme la Série noire). Antoine Gallimard défend la diversification « reliée au métier » (jeunesse, jeu littéraire, guides de voyage, numérique : environ 20 000 ouvrages numérisés, plateforme avec Flammarion, le Seuil et La Martinière) et refuse celle qui serait « du n'importe quoi » ; il explique garder quelques librairies (quatre à Paris, quatre à Strasbourg, une à Montréal) par goût plutôt que par stratégie, et affirme que la librairie reste « un lieu magique ». Ses inquiétudes : une position dominante d'opérateurs américains (Amazon, Apple) et le procès contre Google sur la numérisation, avec des discussions en cours pour une « paix des braves ». Les revues (NRF, Les Temps modernes, L'Infini, Le Débat) sont à ses yeux un mécénat et un réseau intellectuel plus qu'un centre de profit.

International et traductions (épisode 4). La moitié du catalogue vient de l'étranger : Faulkner (grâce au traducteur Maurice Coindreau), Hemingway, Philip Roth, Pasternak (Docteur Jivago), Nobel (une quarantaine de lauréats publiés, dont Le Clézio), l'Amérique latine (passeurs comme Caillois), la collection « Bleu de Chine ». Il évoque le premier grand succès d'un auteur étranger, L'Amant de lady Chatterley ; la littérature française à l'étranger a reculé (environ 15 % du chiffre d'affaires aujourd'hui, contre une part nettement plus forte il y a une vingtaine d'années, les chiffres du transcript étant incertains) ; les traductions coûtent cher ; le marché des droits (Francfort, Bologne) et ses agents ; l'asymétrie de la réciprocité (environ 2 à 3 % de littérature étrangère aux États-Unis). Il cite le succès de L'Élégance du hérisson aux États-Unis, la Corée, le Japon, la Chine (contrôle étatique), et des cas politiques (Gilles Perrault et le Maroc, Boualem Sansal).

L'éditeur dans la cité (épisode 5). Élu à la tête du Syndicat national de l'édition (environ 580 éditeurs), il se donne trois priorités : un cadre pour le marché des livres numériques (prix unique, piratage, éviter des positions dominantes), des contrats d'auteur plus équilibrés, et la librairie. Il défend la TVA réduite sur le numérique, le projet de réutilisation des livres « indisponibles » du XXᵉ siècle (de l'ordre de 500 000 ouvrages, avec gestion collective), et revient sur l'épisode de la fusion Hachette/Editis (transcription déformée) en estimant que l'édition « n'a pas besoin d'une taille critique » : ce qui compte, c'est la qualité et l'accès à la diffusion pour chaque éditeur. Il regrette que les maisons moyennes soient mal comprises (ni « petites » ni « grandes »), s'inquiète du recul de la lecture à l'école et de l'écran, et conclut qu'il n'écrit pas lui-même (quelques préfaces), disant qu'il aurait aimé être professeur de philosophie.

Excerpts

“« Je pense que le meilleur juge des littératures, c'est le temps. »”

“« L'argent, c'est indispensable, c'est le carburant, mais ce n'est pas l'objectif. »”

“« Ce qui compte, c'est que chaque livre, chaque éditeur puisse avoir sa chance. »”