Pontalis, Jean-Bertrand
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Core ideas
L'émission s'ouvre par l'annonce de sa mort : le présentateur, qui l'invitait depuis vingt-cinq ans à chacune de ses publications, raconte que le rendez-vous du 20 décembre pour deux livres qui venaient de sortir (« Le Laboratoire central » à L'Olivier et « Freud et les écrivains », avec Edmundo Gómez Mango, chez Gallimard) a été reporté puis annulé sans explication, ce qui, venant d'un homme d'une ponctualité exemplaire, était inquiétant. Suit l'entretien de 2006, où Pontalis explique qu'il est venu tard à l'écriture de récits (son premier, à une cinquantaine d'années, plus ou moins autobiographique, puis un autre texte où l’auteur parle délibérément en son nom ; son livre « L’amour des commencements » est disponible en Folio). Ses textes dits psychanalytiques ne sont, dit-il, jamais « techniques » (il s'y met autant que dans ses récits), mais « Un homme disparaît » l'a conduit plus loin vers la fiction : se laisser aller sans maîtriser la construction du livre, voir surgir ce qu'on n'attendait pas, ce qui est selon lui l'intérêt même d'écrire. Rendre compte d'une expérience analytique est déjà une invention, car on ne peut pas reproduire verbatim ce qui s'y dit, et « la mémoire est une forme de fiction ».
Il écrit pendant les vacances, au bord de la mer, dans un « temps volé » qui n'est pas du vide mais de la liberté sans règle, contrastant avec la vie du psychanalyste, très sédentaire, rivé à son fauteuil et à des horaires stricts, ce qui contredit la visée de l'analyse. Quand il écrit, il cherche à entendre sa propre voix, mais celle-ci n'est pas individuelle : elle est faite, souvent à son insu, des voix des autres, et il juge d'une « suffisance incroyable » de croire que tout ce qui est en soi vous appartient. Il explique aussi son « amour des commencements » : une réticence à toute clôture (de l'analyse, d'une théorie, d'un livre), le point final d'un livre appelant aussitôt l'envie d'un autre, comme le dernier numéro de la « Nouvelle revue de psychanalyse », intitulé « L'inachèvement » ; il cite Mallarmé pour qui le livre est sans commencement ni fin.
Il raconte ensuite « Un homme disparaît » : un récit par fragments, presque cinématographique (le titre fait penser à Hitchcock, et il dit que l’idée est plus celle d’un évanouissement dont on revient que d’une disparition définitive). Le narrateur croise dans sa rue un inconnu familier qui lui ressemble (même âge, même démarche, une écharpe plutôt qu'un manteau) et exerce sur lui une force d'attraction : il a le sentiment que cet homme marche vers la mort mais pourrait aussi revenir des morts. L'homme monte dans un autobus et disparaît ; le narrateur invente alors son histoire, celle d'un personnage nommé Julien Bonne (nom transcrit de façons variables, dont les initiales sont celles de l'auteur, ce dont il dit s'être aperçu en cours de route), qui devient médecin ; la seconde partie, « Celui-ci », fait le retour du narrateur sur lui-même. Le livre convoque le père mort tôt et mal connu (une visite au Père-Lachaise), un camarade juif humilié par un professeur qui lui lance « je vous souhaite du malheur dans votre vie », avant d'être déporté, des roses déposées au mur des Fédérés pendant l'Occupation, un temps qui « ne passe pas » (une formule entendue dans la bouche d'un homme qui parle seul dans la rue), que Pontalis rapproche de l'expérience du rêve et de l'analyse où tous les temps s'entremêlent, de la « cinquième saison » de Pascal Quignard et du « huitième jour » de Christian Bobin. Il explique que le café de l'oubli, où le narrateur échange ses premiers mots avec l'inconnu, lui est apparu après coup comme une métaphore du cabinet de l'analyste : on y parle de souvenirs toujours reconstruits et remaniés, et il reste des traces. Le livre est dédié à la mémoire de son père et à ses enfants ; une île bretonne non nommée y apparaît comme lieu de mémoire ; la fin évoque une lettre au père disparu ou aux enfants.
Excerpts
“« Rendre compte de son expérience analytique est aussi une expérience très inventée, parce qu'on ne peut jamais reproduire verbatim, littéralement, ce qui a pu se dire. Dans une cure analytique, avant tout, il y a invention. La mémoire est une forme de fiction, chacun le sait. »”
“« Ce n'est pas une voix individuelle, elle est faite, à mon insu souvent, des voix des autres. [...] Croire que tout ce qui est en soi vous appartient, ça me paraît impossible, ou c'est d'une suffisance incroyable. Nous sommes peuplés de monde, de ce que nous avons pu entendre, voir, et de ce qui vient de beaucoup plus loin. »”
“« J'ai repensé après que le café de l'oubli pouvait être une métaphore acceptable du cabinet de l'analyste. Au fond, ce n'est pas tellement des souvenirs, contrairement à ce qu'on dit : c'est toujours très reconstruit, très remanié. »”