de Benoist, Alain
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Core ideas
Alain de Benoist replace son intérêt ancien pour l'écologie (un dossier de « Krisis » dès les années 1990, « Des animaux et des hommes ») dans une réflexion sur la nature comme « cadre systémique de la vie », dont la signification varie (Haeckel, inventeur du mot écologie, la loi naturelle de la tradition catholique, la sélection naturelle de Darwin, que le darwinisme social a utilisée de façon détestable alors que la coopération compte autant que la rivalité). Il décrit la dévastation planétaire (pollution des sols, de l'eau, des aliments, perturbateurs endocriniens, épuisement des ressources, continents de plastique) et s'étonne du paradoxe : tout le monde la reconnaît, des programmes de « transition » et des injonctions à l'« éco-responsabilité » existent, mais rien ne s'améliore, parce qu'on ne change pas de cap. Il reprend l'image de Michel Serres : concilier croissance et écologie, c'est comme un capitaine qui, voyant son bateau foncer vers un rocher, au lieu de changer de cap décide de réduire la vitesse.
Pour lui, la croissance est d'abord une idéologie, étrangère à l'humanité pendant des siècles et devenue panacée des décideurs de droite comme de gauche (il cite une formule de Nicolas Sarkozy sur la croissance décrochée « avec les dents »), assimilée au progrès et mesurée par le PIB, qu'il critique : il comptabilise comme positives des catastrophes (une grande tempête, datée « 89 » dans le transcript, aurait ajouté plus d'un point de croissance) et ne déduit pas la dégradation des ressources. Il soutient que quatre cinquièmes de l'énergie viennent des énergies fossiles et que les énergies renouvelables n'en remplacent que quelques pour cent, que les ressources ne sont ni gratuites ni inépuisables, et que l'innovation (voitures électriques) joue « à la marge » à cause de la pollution de fabrication, de l'effet rebond (moins de pollution par unité mais plus d'unités) et des réserves limitées de lithium et de cobalt. Le « principe » de la décroissance : on ne peut avoir de croissance matérielle infinie dans un espace fini.
Il explique la prééminence de l'économie par l'histoire : dans les sociétés traditionnelles, plus pauvres, l'économie était une fonction subordonnée et « encastrée » (Karl Polanyi, Louis Dumont), le politique, le sacerdoce et le guerrier l'emportant sur la production ; la montée de la bourgeoisie a renversé cet ordre en l'adossant au libéralisme, à l'anthropologie de l'homo economicus (individu producteur et consommateur sans appartenance), à l'idéologie des droits de l'homme et à l'idéologie du progrès, avec la « réification » des rapports sociaux et le fétichisme de la marchandise. À l'objection que ce modèle « marche » et séduit (« capitalisme de la séduction » de Michel Clouscard), il répond qu'il marche en s'appuyant sur un désir illimité, c'est-à-dire sur la démesure (l'hubris condamnée par les Grecs), à un prix écologique (le « jour du dépassement » en août, selon sa mémoire pour 2017 ; il faudrait sept ou huit planètes si chacun consommait comme un Californien) et social (société « en sablier » plutôt que « en pyramide », inégalités croissantes). La décroissance, dit-il, n'est pas un retour à la bougie ni une régression : il s'agit de « décoloniser l'imaginaire » (Serge Latouche), de rompre avec la démesure, avec des enquêtes selon lesquelles le bien-être augmente avec la richesse jusqu'à un certain seuil : « plus ne veut pas dire mieux ».
Il esquisse une généalogie du rapport à la nature : coappartenance dans les sociétés antiques, puis distinction créateur/créé dans le monothéisme biblique (il discute le « dominez la terre » de la Genèse), puis radicalisation du sujet et de l'objet avec Descartes, qui fait de la nature un réservoir de ressources ; il évoque l'encyclique du pape François (« Laudato si' ») comme premier texte pontifical à parler de « décroissance » dans certains domaines. Il se réclame de Nietzsche (« rester fidèle à la terre ») et de Heidegger (« habiter » la terre, « berger de l'être », le « quadriparti »), cherche un équilibre entre culturalisme et naturalisme, rejette les excès de l'antispécisme tout en aimant les animaux, et soutient que l'écologie bien comprise (distincte, dit-il, des partis verts, liés à des gauches productivistes) dépasse le clivage droite-gauche : conservatrice par la protection des écosystèmes, révolutionnaire par la nécessité de changer de cap, « conservatisme révolutionnaire ». Il conclut que la pensée critique prend d'autres formes (Orwell, Jean-Claude Michéa, Baudrillard) et que son avenir est une question ouverte.
Excerpts
“« La croissance, avant d'être une donne économique, c'est une idéologie. Il faut se souvenir que pendant des siècles et des millénaires, l'humanité ne s'est pas particulièrement souciée de croissance : elle voulait améliorer les choses à la marge, se développer doucement et à son rythme. »”
“« Au fond, le grand principe de la théorie de la décroissance, c'est que l'on ne peut pas avoir une croissance matérielle infinie dans un espace fini. La Terre est un espace fini : vous ne pouvez pas avoir un développement infini. »”
“« Aucun des objecteurs de croissance ne veut en venir à la bougie ou à la lampe à huile. Il s'agit simplement de rompre avec la démesure. Est-ce qu'on ne peut pas trouver un équilibre entre la démesure et le retour à l'âge des cavernes ? C'est ça, la vraie question. »”