Missika, Jean-Louis
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Core ideas
Une révolution ou un approfondissement ? Missika définit le numérique comme une « technologie cognitive » qui manipule des signes, après la parole, l'écriture et l'imprimerie, donc un changement de paradigme. Balagué voit dans la révolution l'accès individuel à une masse d'information et la puissance du collectif (intelligence collective) ; Maigret préfère parler d'approfondissement de la démocratisation et d'un « accélérateur » plutôt que d'une rupture anthropologique, en notant que tout s'empile (portable, tablette, ordinateurs, télévision) sans vraie convergence technologique. Soufron raconte que le patron de Google disait que les élus n'avaient plus de raison d'être, et rappelle qu'on est au « début du début ». Balagué évoque un scénario de freinage (retour au « slow », « indignés du numérique »), que Missika juge plutôt un numérique qui devient adulte.
Modèles économiques et oligopoles. Les intervenants s'inquiètent de la formation d'oligopoles (Facebook, Amazon, Google) : Internet bascule vers des plateformes où les jeunes entreprises dépendent des géants. Missika explique les monopoles naturels par l'effet de réseau et l'effet de club (sortir d'un réseau coûte cher) et note l'absence d'instance de régulation mondiale, des politiques « à des années-lumière » du sujet. Sur l'écosystème de start-up, il vante l'Île-de-France (8 800 start-up), mais déplore le manque de capital-risque en France, pendant que Balagué relativise (2,1 % seulement des créations d'entreprises) et note les initiatives d'anciens de Google ou Facebook en Europe, et les pôles émergents (Inde, Chine, Brésil).
Production culturelle et pratiques. Maigret décrit des industries culturelles débordées par les publics (téléchargement de séries avant leur diffusion, fans co-créateurs, « trous narratifs » ouverts au web dans Battlestar Galactica) et cite la « culture de la convergence » de Henry Jenkins. Soufron épingle un bras de fer entre industries installées et consommateurs, où l'on finance les industries déclinantes en taxant les émergentes (« taxe Google », en réalité payée par les fournisseurs d'accès et annonceurs français), ce qu'il oppose à l'adaptation proactive américaine. Sur la télévision connectée, Missika et Soufron doutent qu'elle se joue comme prévu (échecs de Google TV et Apple TV), le jeu vidéo pouvant être le vrai usage.
Publics et recommandations. Maigret rappelle qu'environ un quart des Français n'utilisent pas Internet, que beaucoup participent (forums, fan fictions), et que les fans contestent les industries tout en s'intéressant à leurs œuvres. Balagué met en avant l'« économie de la contribution » et la « social TV », et la question de la rémunération. Les invités terminent par des lectures : Jenkins, Pinker, Kahneman, Balagué, Milad Doueihi (La grande conversion numérique) et Paul Starr.
Excerpts
“« le numérique c'est une technologie cognitive »”
“« grosso modo internet est en train de basculer sur modèle de plateforme »”
“« à chaque fois qu'il y a une nouvelle personne qui ouvre un profil facebook la valeur d'ensemble du dispositif augmente »”
“« on analyse le nouveau média à partir du point de vue de l'ancien média »”