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Porcher, Thomas

économiste, professeur associé à la Paris School of Business, membre des Économistes atterrés

Thomas Porcher - Entretien (Le contre discours)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes, comprenant des extraits d'archive d'Esther Duflo et de Mathieu Laine ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les chiffres, les noms propres et les enchaînements ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Un « traité d'économie hérétique » contre la pensée unique libérale. Porcher présente son livre comme un manuel d'autodéfense contre des « épouvantails » (la dette, le déficit, la mondialisation, les droits des salariés comme entraves) mobilisés, selon lui, depuis une trentaine d'années pour justifier des politiques libérales présentées comme sans alternative. Il lit l'histoire récente en termes de rapports de force : l'après-guerre, avec un Parti communiste puissant et l'ombre de l'URSS, aurait conduit à un « capitalisme plutôt sympathique » (Trente Glorieuses, sécurité sociale), le tournant libéral s'étant imposé quand ce contrepoids s'est affaibli. Le problème démocratique, dit-il, est qu'on proposerait une « alternance politique sans alternative économique ».

L'économie est-elle une science expérimentale ? À propos du livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg (Le Négationnisme économique), qui reproche aux hétérodoxes de faire de l'idéologie, Porcher répond que même les résultats expérimentaux (il cite une étude sur les 35 heures) font l'objet de débats de méthode dans les séminaires, que les économistes « ne sont jamais d'accord », et que l'économie expérimentale ne représenterait qu'environ 5 % des publications mondiales, le reste étant des modèles théoriques ou de l'analyse de données (il ajoute que Cahuc publie surtout des modèles théoriques). Il se dit modeste sur ses propres résultats (par exemple sur la répercussion des prix du pétrole à la pompe), valables sur un espace et une période limités, et récuse l'idée de « vérités économiques » universelles (flexibilité du travail, austérité).

Croissance, flexibilité et leçons étrangères. Réagissant à un extrait d'Esther Duflo (la croissance française vient surtout de la reprise mondiale et européenne, la loi Travail rend l'emploi plus procyclique), Porcher se dit d'accord « à 80 % » : il estime que seule une part limitée (qu'il chiffre à environ 20 %) de la croissance dépend de l'action du gouvernement, que la France ne retrouve qu'en 2014 son niveau de richesse d'avant la crise, et que le « miracle français » en emplois est un rattrapage. Il soutient que la flexibilisation (Espagne, Italie, Royaume-Uni, États-Unis) a produit précarité, chômage persistant et, à terme, des votes populistes (Trump, Brexit), alors que les « amortisseurs sociaux » français avaient mieux protégé pendant la crise. Il juge que la « flexisécurité » de Macron est « de la flexibilité en gros et de la sécurité en petit » (plus de droits mais 10 milliards d'économies sur l'assurance chômage) et que la politique de l'innovation suit plutôt le modèle espagnol ou italien que le modèle allemand de montée en gamme.

La dette et la critique des économies budgétaires. Il conteste l'analogie entre dette publique et budget d'un « père de famille » : la dette de l'État (environ 100 % du PIB) est inférieure à la dette privée (environ 120 %) et est couverte par le patrimoine public (bâtiments, entreprises publiques) ; il illustre avec son propre emprunt immobilier (« endetté à 600 % » de son revenu annuel) qu'une dette adossée à un patrimoine n'est pas absurde. Il reproche à Emmanuel Macron d'avoir présenté un programme de 60 milliards de coupes publiques sans que ses conséquences soient interrogées, alors que les programmes de Mélenchon et de Hamon étaient jugés « utopiques » malgré le soutien d'économistes ; il dénonce un « bourrage de crâne » (« trente ans qu'on n'a pas fait de réformes ») et une géométrie variable de la dette, brandie contre le modèle social mais pas contre les baisses d'impôts pour les plus riches (il cite la réforme fiscale de Trump).

L'État innovateur, le CICE, les privatisations et la SNCF. Répondant à un extrait de Mathieu Laine (libéral, selon qui l'interventionnisme, la norme et l'impôt freinent l'entreprise), Porcher soutient que les grandes innovations de rupture (internet, GPS, reconnaissance vocale, autant de briques de l'iPhone, ou Tesla subventionnée par l'État américain) viennent d'un investissement public stratégique, et cite la Corée (Samsung) comme exemple d'État ayant orienté l'industrie, contre la « main invisible ». Il juge le CICE un échec (selon des études qu'il évoque, moins de 90 000 emplois créés ou maintenus, l'argent allant en partie aux actionnaires) et plaide pour une planification de long terme plutôt que des cadeaux fiscaux sans condition. Il critique l'idée de financer un plan d'investissement par des privatisations (Aéroports de Paris, rendement supérieur au taux d'emprunt) et dénonce, à propos de la réforme de la SNCF, un « chantage » : l'État aurait cessé d'avoir une vision stratégique, la SNCF se comporte comme une entreprise privée (fermeture de lignes, TGV), et l'Allemagne a, elle, repris la dette de la Deutsche Bahn dans les années 1990 (il cite environ 35 milliards d'euros) ; il refuse que le statut des cheminots soit désigné comme cause de la dette, et reprend la question « à qui profite la réforme ? » comme clé de lecture.

Excerpts

“« On vous dit qu'il peut y avoir une alternance politique sans alternative économique. »”

“« On ne peut pas regarder que la dette sans regarder le patrimoine public. »”

“« De la flexibilité en gros et de la sécurité en petit. »”