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Morand, Paul

écrivain et diplomate

Paul Morand - Entretien (Qui êtes-vous ?)

Artesquieu · Mar 6, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription approximative, certains noms mal transcrits)

Core ideas

Le portrait d'ouverture décrit Morand comme un homme au teint d'ivoire, courtois, patient et résigné, qui suscite chez l'interlocuteur une « fièvre de découverte » tout en restant presque muet, un « fils du ciel en visite chez les occidentaux » dont on dirait qu'il vous « congédie » vers un train qu'on n'a pas à prendre. L'émission lui fait d'abord passer un test rapide : Morand dit éprouver souvent des sentiments dépressifs mais se « recharger » vite (ses « accumulateurs »), attribuer ses échecs à sa faute, avoir « souvent » envisagé le suicide (il a « écrit un petit livre sur le suicide »), être scrupuleux et suggestible « en surface, puis profondément », se sentir à distance de lui-même (« quand je fais une conférence, je suis toujours assis à côté du moi qui conférencie »), être soumis à ses caprices (L'Homme pressé), aimer la matinée et la sieste, ne retrouver sa lucidité qu'à deux ou trois heures du matin, être « assez antisocial » et aimer l'isolement. Il se qualifie d'« anarchiste acceptant mais résigné », qui échappe par des « ruses douces » aux freins qui l'exaspèrent, avec mauvaise conscience de ne pas assez accepter, au nom d'une partie de lui qui veut s'associer à son époque.

Les interrogateurs discutent de ses « cris d'horreur » (le mot de Drieu à propos d'Ouvert la nuit) : Morand répond qu'il est difficile de ricaner depuis 1940, que Lewis et Irène contient un film d'horreur (un « dinosaure qui naît dans le monde moderne »), et qu'il s'est depuis sept ans « enfermé » dans la lecture des classiques, se pliant sur lui-même ; on lui objecte qu'il y a peu d'anarchisme dans un style si « corseté », cette forme très travaillée où il moule ses impressions. Morand évoque une enfance dans une famille bourgeoise parisienne de « fonctionnaires et d'ouvriers d'art » (fondeurs de bronze, graveurs sur verre), un père délicat, hésitant entre peinture et poésie, directeur des arts décoratifs pendant vingt-cinq ans et qui n'avait jamais mis les pieds dans une banque, des amis du père (comme Marcel Schwob et Marguerite Moreno, qui ont traduit Hamlet ensemble) qui lui ont donné le goût de l'anglais, des Élisabéthains et de la « phrase bien taillée », et l'amour de la forme. Il voulait être officier de marine mais était « nul en mathématiques » ; la lecture de Jules Verne et le goût de la fuite, la curiosité, les voyages, les Affaires étrangères ont suivi ; il dit avoir besoin de revenir à Paris et d'aimer sa « rêverie », sa solitude, l'amitié (qui lui a fait aimer et souffrir), citant parmi ses amitiés d'adolescence un ami nommé Léger, presque entré dans sa famille.

À la question finale « qui êtes-vous ? », il répond qu'il ne sait pas toujours ce qu'il est, mais qu'il n'est pas un intellectuel (anecdote d'un ami qu'un horoscope disait devoir être trompé par « un intellectuel célèbre » ; Morand le rassure, croyant que cela ne le concerne pas, et s'aperçoit que l'ami pensait à lui) : le monde se résout pour lui « en sensations, en images, en formules » qu'il transforme en forme, jusqu'à recopier cinq fois un roman à la main, avec le goût du dictionnaire et du mot juste, d'un « plaisir artisanal » dont il espère que quelque chose survivra. Le psychologue de l'émission conclut à un spectateur qui aime regarder et écouter sans intervenir, partagé entre « le goût de ne rien faire et l'impossibilité de ne rien faire », dont l'amour de la forme est la clé : « ne pouvant changer ni le monde ni lui, il s'en est pris au mot, et ce n'est pas toujours un jeu ».

Excerpts

“« Je suis un anarchiste acceptant mais résigné. Je déteste les freins et je leur échappe par mes ruses, qui sont généralement douces : j'arrive à sortir d'une pièce très facilement sans qu'on s'en aperçoive. [...] Je trouve que je n'accepte pas assez, bien entendu, mais au nom d'une certaine partie de moi-même, qui est constructive, qui est désireuse de m'associer à mon époque, à la vie sociale. »”

“« Le monde se résout pour moi en sensations, en images, en formules, qui s'implantent assez brusquement et puis se transforment à partir de ce moment-là en une forme à laquelle j'attache énormément d'importance. Il m'arrive de refaire cinq fois à la main un roman. [...] Ce que j'aime le mieux, c'est le dictionnaire, c'est la recherche du mot juste ; on y trouvait une espèce de plaisir artisanal. »”

“« Je me suis beaucoup plié sur moi-même, je me suis enfermé dans l'étude, dans la lecture de tous les classiques, et ça a duré en somme depuis sept ans. [...] Depuis 1940, c'est très difficile de ricaner. Dès le début d'Ouvert la nuit, des amis comme Drieu disaient que c'étaient des cris d'horreur devant le désordre du monde. Naturellement, moi, je m'arrangeais pour que ce ne soit pas horrible. »”