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Girard, René & Marie-Yvonne

Girard, René: anthropologue et philosophe, de l'Académie française, auteur notamment des « Origines de la culture »

Marie-Yvonne: nom transcrit de façon incertaine

René Girard - Grand Entretien (2006)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (l'extrait commence en cours d'émission, avec l'exposé de Girard ; transcription automatique très déformée par endroits, en particulier la chronique téléphonique de Dutourd et Paucard et certains noms propres, qui sont omis ou hedgés ; les propos sur la politique américaine ne sont rapportés que brièvement)

Core ideas

Le religieux comme frein à la violence. Girard présente la thèse mimétique comme une genèse de l'humanité à partir de l'animalité. Il récuse l'idée (qu'il attribue à Auguste Comte) que le religieux serait d'abord une explication de l'univers : pendant des milliers d'années, dit-il, un religieux archaïque n'a offert aucune explication, et sa fonction est d'abord d'éviter la violence au sein de la communauté. Les interdits ne sont pas, selon lui, l'invention de législateurs frustrés, mais une sorte de « régulation de la circulation » : ils empêchent la rivalité mimétique (par exemple en réglant à l'avance les mariages), qui, chez l'homme, ne s'achève pas par des réseaux de dominance comme chez les animaux mais par la vengeance, source d'une violence sans fin. Quand ces dispositifs s'effondrent, la crise « d'indifférenciation » se résout par un mécanisme de bouc émissaire spontané et inconscient : une victime choisie au hasard (infirme, étranger) concentre l'unanimité, puis devient sacrée, « mauvaise » puis « bonne », ce qui donne le dieu archaïque, double. Il évoque, comme illustration, le mythe hindou de Purusha, dont le corps démembré crée le monde.

La Bible et le christianisme comme révélation de l'innocence de la victime. Pour Girard, la Bible (Joseph, les psaumes, Job, le Serviteur souffrant) fait entendre pour la première fois la voix de la victime et affirme son innocence, ce qu'aucun mythe ne fait. Les Évangiles réécrivent donc le schéma mythique « à l'envers » : même foule, même crise, mais la victime est déclarée innocente (il cite le « ils m'ont haï sans raison »). Le christianisme, en « vendant la mèche » sur le sacrifice, retire aux hommes leur protection sacrificielle ; il y voit une rupture totale avec le religieux antérieur tout en reconnaissant des continuités (hindouisme, Odyssée, Mille et une nuits). Il explique aussi que l'expression « bouc émissaire » a glissé du rite du Lévitique (chap. 16) vers le sens moderne de victime innocente de l'unanimité, glissement qui, selon lui, atteste que nous savons déjà, sans le dire, que le mécanisme est injuste. Il relit la scène du reniement de Pierre comme l'exemple d'un homme happé par la foule, et mentionne le film de Mel Gibson.

Psychanalyse, histoire et actualité. Girard dit ne pas croire à la psychanalyse, tout en jugeant Freud observateur extraordinaire du meurtre collectif, et reproche à ses héritiers d'avoir prôné la levée du surmoi (Mai 68, « jouissez sans entrave »), dont il observe les dégâts ; la seule chose plus puissante que le sexe est, dit-il, la violence et la peur. À des auditeurs, il répond que Copernic était un clerc, évoque la vitalité de l'Église catholique américaine et la ferveur religieuse aux États-Unis, ainsi que sa vie de chercheur sur un campus californien ; il aborde aussi, brièvement, l'histoire politique américaine. À propos de la politique française, il dit que la course à la présidence rend les candidats mimétiquement indifférenciés, et il note que les manifestations contre le gouvernement sont devenues, à ses yeux, l'élément essentiel de la culture contemporaine.

Patrick Simon : le droit naturel comme expérimentation. Simon soutient que le droit occidental s'est développé à la fin du Moyen Âge grâce à la concurrence des droits (droit chrétien, féodal, royal, coutumes). Il prend l'exemple du retrait lignager, devenu droit de préemption : le droit naturel agit « souterrainement » pour atténuer une injustice coutumière, par des compromis, des distinctions et des règles de procédure. Il affirme que l'absence de législation impérative a permis l'expérimentation juridique (hypothèque, mandat salarié, assurance, société à responsabilité limitée, franchise, etc.), et que le « droit naturel » est découvert plutôt que décrété (il rapproche cette idée du « droit spontané » de Hayek), en s'opposant à la volonté générale de Rousseau. Il cite en exemple un litige maritime où deux intérêts légitimes s'affrontent (route du nord ou du sud). Trémolet de Villers nuance : l'État doit rester gardien du droit (saint Louis : soutenir les bonnes coutumes, abattre les mauvaises ; Richelieu et les duels). Il dit aussi, de son expérience de sept ans comme avocat de Paul Touvier, avoir vu un phénomène de bouc émissaire (position personnelle, contestée et rapportée comme telle).

Fin d'émission. L'animateur lit des lettres d'auditeurs finançant la radio, qui est une radio associative sans publicité ; Girard salue la qualité de cette radio, souhaite voir la radio devenir une sorte de « séminaire par radio » face aux défaillances des universités, et recommande quatre de ses livres (« Mensonge romantique et vérité romanesque », « La Violence et le Sacré », « Des choses cachées depuis la fondation du monde », « Les Origines de la culture »).

Excerpts

“« Ce que l'anthropologie n'a jamais découvert, c'est que la fonction du religieux, de toute évidence, c'est d'éviter la violence. »”

“« Dans notre langage, l'expression bouc émissaire signifie tout autre chose : l'individu qui a contre lui l'unanimité alors qu'il est innocent. »”

“« La concurrence entre les règles de droit a permis une chose très importante dans l'histoire juridique, c'est l'expérimentation et le processus de découverte. »”