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de Certeau, Michel

historien, jésuite et penseur des pratiques du quotidien

Michel de Certeau sur le langage

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un extrait d'environ dix minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, dont plusieurs ne sont identifiables que par déduction ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Les anges, leur nombre et l'incertitude de la parole. Certeau rappelle que les anges sont dotés d'ailes selon une tradition (certains ne les ont pas dans les premiers temps), et que, au Moyen Âge, on assiste à une véritable « inflation angélique » : dès l'Apocalypse, des chiffres fantastiques, qui n'ont cessé de croître (au XVIIe siècle, on calcule le nombre d'anges avec des résultats « faramineux »). Il oppose à ces chiffres « délirants » le rapport au singulier : dans les traditions biblique, islamique et chrétienne, l'ange est une « éruption de parole », caractérisée par son apparition mais plus encore par sa disparition et par l'incertitude de ce qu'il est. L'ange parle au nom de l'Autre, et dans l'expérience première, « la parole prime l'être » ; ensuite, avec la constitution d'une cosmologie (Philon d'Alexandrie, Denys l'Aréopagite), on lui donne un statut d'être intermédiaire entre Dieu et les hommes, avec des hiérarchies de neuf ordres, ce qui renverse le paradoxe : il faut d'abord un être avant la parole, et l'ange devient comme muet avant de parler ou de chanter.

L'ange gardien : rappel à l'ordre ou principe de fuite. Il distingue deux fonctions de l'ange gardien, double de l'homme (un bon et un mauvais, pour chacun), qui rappelle chez Thomas d'Aquin la connaissance de soi : l'une dogmatique, rappel à l'ordre, à la place, au devoir (une sorte de conscience morale liée à un ordre social), l'autre poétique, un « principe de fuite » comparable à une « deuxième scène » (comme en psychanalyse) ou à un fantôme dans la maison, qui ouvre une fenêtre vers ce que le sujet ne sait pas de lui-même et qui rappelle « l'autre ».

De l'ange vocal à l'ange écrivain. Historiquement, il décrit un passage (non absolu) de l'ange « parleur », voix et musique (l'essentiel étant qu'une voix continue de parler), à l'ange écrivain, surtout à partir du XIIIe siècle avec François d'Assise (le séraphin et les stigmates) puis avec Thérèse d'Avila (l'ange à la flèche qui ouvre le cœur) : l'ange laisse des traces écrites sur le corps, et ces traces sont indissociables de sa disparition, comme l'écriture d'une perte, « mémorial d'un deuil ». Il cite un ange écrivain dans la Bible qui trace une croix sur les citoyens de Babylone épargnés.

Boehme, Angelus Silesius, Walter Benjamin. Il évoque Jacob Boehme (nom transcrit approximativement), pour qui l'ange est le principe d'expression par lequel une fureur originaire devient langage, et pour qui tout homme doit devenir angélique, la matérialité des hommes leur permettant un langage plus « réel » que celui des anges ; puis Angelus Silesius (nom très déformé dans le transcript), poète mystique pour qui l'homme accède à Dieu par un désir absolu qui dépasse l'ange lui-même, voué à être franchi (une sorte de « vouloir nietzschéen »). Il s'attarde sur Walter Benjamin, obsédé par l'ange (le dessin de Paul Klee Angelus Novus), dont il cite deux textes : l'un écrit pendant une maladie à Ibiza (1932), où l'ange est lié au nom propre qui s'évanouit (Certeau rappelle la tradition talmudique des anges créés chaque matin et périssant le soir, comme des éphémères) ; l'autre, les thèses sur la philosophie de l'histoire (écrites peu après le pacte germano-soviétique), où l'ange de l'histoire recule d'horreur devant une histoire qui n'est que ruine, un vent pris dans ses ailes : la fin de l'espoir d'un progrès.

L'ange comme fantastique du quotidien. Il conclut que l'ange, dans la littérature moderne, est une « zébrure dans la légalité du monde » : l'insolite de la parole par rapport à la régularité des choses, ce qui dans la parole est transgressif, inouï, et qui explique selon lui le rôle croissant de l'ange dans la poésie. L'ange serait « le fantastique quotidien en tant qu'il est lié à la parole », présent dans des milliers de petits instants de paroles, y compris chez le scientifique (idées bizarres, irruptions et distractions dans la recherche, qui n'entrent pas dans son discours systématique). Il compare cette expérience insaisissable à la scène de la passante de Baudelaire, que commente Benjamin : un choc fulgurant, non conservable, qui disparaît en lui-même.

Excerpts

“« Dans l'expérience première de l'ange, la parole prime l'être. »”

“« L'ange parle, ou bien l'ange est une voix, une musique. »”

“« L'ange serait le fantastique quotidien en tant qu'il est lié à la parole. »”