Dubois, Jean-Paul
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Core ideas
Dubois revient d'abord sur son parcours : fils unique d'un père (Raoul Dubois) qui écrivait du théâtre en alexandrins et dirigeait une troupe amateur, dont il a gardé les manuscrits dans une malle, au-dessus de la pièce où il parle, sans jamais les lire, par respect pour son silence (« s'il avait voulu que je les lise, il me les aurait donnés »). Il évoque la pension chez les jésuites dont il est vite renvoyé, le rugby, vingt ans de musique dans un groupe nommé comme celui de son père (« Famous multicolores contorsionniste élastique rock band »), des études de sociologie, un recueil de nouvelles à compte d'auteur à 17 ans, puis un premier roman publié au Fleuve noir à 34 ans, avant le journalisme (Sud Ouest, Le Matin de Paris, grand reporter au Nouvel Observateur). Ses livres sont politiques sans l'afficher, formés qu'il a été par La Gueule ouverte ou Charlie Hebdo : toute histoire a un point de vue, et le sien est politique au sens large, avec un attachement à la lutte des classes. Il confesse l'effet « régressif » et réjouissant que lui produit une archive des cris d'Emmanuel Macron en meeting de 2017.
Il explique que ses livres naissent de ses passions et obsessions : il a rénové seul la maison familiale (plomberie, électricité, menuiserie), joue du piano chaque nuit « comme un tocard » mais avec bonheur, et ne pourrait écrire sans cette expérience concrète, car « il faut que ça se ressente ». Il lie cela au thème de l'héritage (« acceptez-vous votre héritage ? »), dit vivre dans la maison de ses parents, « un fardeau », et préférerait l'amnésie à la mémoire, seule façon de supporter le poids d'une vie ; il nie toute dimension cathartique à l'écriture (« un livre ne sert absolument à rien pour soi-même ») et confie, à propos de la « fragilité lacrymale » héritée de son père, que la douleur est vraie, pas le livre. Il aime le Canada et les pays du froid (le froid raconte déjà une histoire, la chaleur n'est pas « photogénique »), d'où son dernier roman, l'histoire d'un gardien d'immeuble au Canada, impossible en France. Il choisit d'écouter « Speak White » de Michèle Lalonde (fin des années 1970) : poème de la domination des francophones par les anglophones au Canada, qui résume pour lui « la lutte des dominés qui un jour lève la tête », « l'élégance de l'esclave qui parle la langue du maître mais mieux que lui », et qu'il a affiché dans sa cuisine, lu à ses enfants.
À propos de ses prix, il dit se sentir comme un « intrus » dans le monde des lettres : il lit peu, préfère le bateau et la nage, et écrit très vite (un mois, « 14 heures par jour »), parce que le livre doit aller vite pour que l'esprit « coure » et que la souffrance soit courte, comme pour ses chantiers ; il cite Sartre (« tout un homme, fait de tous les hommes, qui les vaut tous et que vaut n'importe qui »). Il recommande une série de « 30 heures » avec Jason Bateman et Julia Garner (titre mal transcrit), le film Take Shelter de Jeff Nichols (visionnaire ou fou ?), l'artiste Fantastic Negrito (fils spirituel de Curtis Mayfield et Prince) et des pièces d'Arvo Pärt (en mémoire de Benjamin Britten) et d'Elgar (Nimrod).
Dans la chronique intercalée, Gilles Philippe présente la Pléiade de Genet, qui publie les textes dans leur version originale « clandestine » plutôt que dans les versions expurgées des éditions Gallimard des années 1950 : Genet, qui ne voulait « faire partie de rien », est un auteur de l'ambiguïté (style baroque et argotique, « langue de l'ennemi » mythe construit pour lui-même).
Excerpts
“« Je savais qu'il avait fait ça, mais je n'ai jamais rien dit, parce que je trouve ça embarrassant et indiscret. S'il avait voulu que je les lise, il me les aurait donnés ; s'il avait voulu les publier, il aurait essayé de le faire. Il a mis ça dans une malle, et je respecte son silence. Elle est là, au-dessus de la pièce où je vous parle, et je n'y toucherai jamais. »”
“« Ce fardeau de vivre avec une mémoire, moi je déteste. J'aimerais l'amnésie, j'aimerais que chaque jour soit une nouvelle journée qui efface la précédente, parce que c'est le seul moyen, je trouve, dans la situation où on se trouve en tant qu'humain, de supporter le poids d'une vie. »”
“« C'est l'élégance de l'esclave qui parle la langue du maître, mais en parlant mieux que lui, parce qu'il l'a nourrie de générosité, d'élégance, d'idées, de courage et de lutte. [...] Ce texte résume la lutte des dominés qui un jour lève la tête. Chaque phrase, chaque strophe est un plan de cinéma, et ça me fout des frissons à chaque fois. »”