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Le Clézio, Jean-Marie

écrivain, prix Nobel de littérature 2008, auteur du recueil « Histoire du pied et autres fantaisies »

Jean-Marie Le Clézio : Le Grand entretien

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une émission d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les titres de films et les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Les « gens de peu » et un recueil de nouvelles. Le Clézio explique que l'expression « gens de peu » vient de sa tante de l'île Maurice : les petites gens, dans l'humilité et l'ignorance, sans mépris. Son recueil Histoire du pied et autres fantaisies (Gallimard) rassemble neuf nouvelles aux « quatre coins de l'hémisphère » (Sierra Leone, Gorée, île Maurice, France, Espagne, Ghana et des lieux non nommés) sur des « éclopés de la vie » : enfants-soldats, enfants perdus (« L'Arbre de Marie »), femmes brutalisées par la vie qui parient sur le bonheur avec dignité. Le pied, dit-il, est « le contact avec la terre » : la partie du corps la plus méprisée, qui perçoit tout de suite la réalité et résiste. Il explique son goût pour l'enfance (un temps « intense », où le présent « n'en finit plus ») et pour les femmes, dont les ressources spirituelles et le temps de réflexion lui semblent « l'avenir de notre société ».

France, politique, musique. Interrogé sur le prix Goncourt (un roman sur la nation et l'identité nationale), Le Clézio se dit très concerné par ce qui se passe en France, y compris dans les régions, et par des questions sous-jacentes plus que par la politique de l'actualité : le chômage des jeunes, la place des femmes (« absentes » du paysage politique). Il dit ne pas pouvoir se passer de musique, a choisi une suite pour violoncelle de Bach (instrument proche de la voix humaine, comme le sitar), et se méfie « instinctivement » des idées : l'art fonctionne avec des émotions, ce qui rapproche l'art et l'amour.

Le Louvre, carte blanche : des mondes. Sa conférence inaugurale s'intitule « Les musées sont des mondes ». Il rappelle un texte de 1971 contre les musées, mais dit avoir été « converti » en Corée par un musée du vide : exposer le vide et l'éphémère interroge le « trop-plein » de la société européenne. Il a voulu faire dialoguer sans hiérarchie des œuvres de mondes différents (tableaux haïtiens à côté de ceux de David, tapisseries du Vanuatu, voitures des lowriders de Los Angeles) autour d'un point commun, la passion, avec l'aide de la commissaire (Mme Bernadac). La programmation comprend des courts métrages de son enfance à Nice (bobines de Pathé qu'une amie de sa grand-mère avait reçues en paiement, projetées avec un Pathé-Baby), cinq longs métrages (Satyajit Ray, Souleymane Cissé, Kurosawa, Valdez, un film de Luigi Falorni sur les enfants-soldats), des rencontres avec des écrivains venus d'ailleurs (Ananda Devi, Homero Aridjis, Alain Mabanckou, Dany Laferrière) et un texte inédit autour du Boléro de Ravel, qu'il lit en avant-première.

Identité et appartenance. À propos de son discours de Nobel (la littérature comme moyen d'exprimer son identité et de revendiquer sa voix après la décolonisation), il se présente comme franco-mauricien, vivant entre les États-Unis et la Bretagne, et pense que la nationalité a de moins en moins le sens d'une frontière : il faut accueillir le sentiment d'appartenir à l'espèce humaine.

Excerpts

“« Le pied, c'est le contact avec la terre. »”

“« J'ai une méfiance instinctive pour les idées, [...] l'art ne fonctionne pas avec des idées, ça fonctionne avec des émotions. »”

“« On doit accueillir [...] le sentiment d'appartenir à l'espèce humaine et de rencontrer le monde dans toute sa diversité. »”