Bashung, Alain
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique très approximative, de nombreux passages de chansons étant déformés ; la synthèse suit les archives parlées et le commentaire, pas les paroles chantées)
Core ideas
L'émission, d'une heure de montage au fil de l'œuvre, présente Bashung comme un artiste qui a construit un langage reconnaissable, entre pop, rock, musique savante, chanson, peinture et littérature, avec « une pudeur, une voix pleine de doutes ». Elle retrace son enfance en Alsace, chez sa grand-mère qui ne parlait pas le français, où il écoutait la radio allemande (Schumann, Schubert, Strauss, crooners) avant de découvrir le rock vers 10 ans (Bill Haley, les Shadows, Buddy Holly, Gene Vincent) ; il raconte avoir loué une guitare à Strasbourg et appris trois accords pour chanter sur la place du village, ce qui lui servait à communiquer « sans faire de conversation » et lui donnait « un plaisir physique ». Le commentaire évoque aussi le fantôme d'un père kabyle très tôt disparu ; Bashung vit à Paris chez sa mère à partir de 1960, à 13 ans, où il écoute Marianne Faithfull et Édith Piaf, qu'il met sur le même plan que Gene Vincent (« deux fois en noir, les yeux au ciel »).
Les années 1960 et 1970 sont décrites comme des années d'apprentissage laborieuses : une quinzaine de 45 tours « d'une maladresse touchante » (le commentaire cite un titre de 1970 empruntant un air de Tannhäuser), des groupes improbables dans les brasseries et les bases américaines, un travail de producteur auprès de Dick Rivers, et des souvenirs de studios parisiens où des musiciens d'opéra méprisent le rock : des violonistes se désaccordent volontairement pour obtenir une seconde séance payée, un pianiste lit un polar, d'autres écoutent un match à la radio, ce qui l'a rendu « rebelle ». Il trouve ensuite ses complices : Boris Bergman (premier album, Roman-photos, 1977), puis Jean Fauque et Olivier Cadiot, et choisit des auteurs comme des alter ego. Il cite Gérard Manset (Il voyage en solitaire) et Serge Gainsbourg (« noble et déchiré, un peu sophistiqué, un peu malsain ») comme références françaises, et raconte son travail avec lui sur Play blessures (1982, avec des rendez-vous de travail tous les jours à 15 heures), un album sombre, d'inspiration cold wave, échec commercial puis réévalué. Le succès de Gaby oh Gaby est décrit comme un fardeau dont il a mis des albums à se démarquer, sans reniement.
Sur le travail de la langue, Bashung explique que le but « n'est jamais d'obscurcir mais d'être plus vrai », qu'en français il faut parfois dire le contraire d'une chose pour l'évoquer au plus juste, et qu'il aime le collage, les sous-entendus et l'ironie, du désespoir à la dérision, la gravité et le léger allant pour lui ensemble. Jean Fauque décrit un travail proche du « cadavre exquis » où Bashung découpe et monte les textes. Un proche (non identifié dans le transcript) évoque sa quête perpétuelle (« rien n'est acquis », il repartait de zéro avant chaque album) et son attention au moindre mot. L'ingénieur du son raconte une méthode singulière pour Fantaisie militaire (1998), élue en 2005 « meilleur album des vingt dernières années » aux Victoires de la musique : Bashung enregistrait chez lui voix et trois accords sur un métronome, puis demandait à plusieurs arrangeurs d'« habiller » la chanson, avant de superposer et de coller les versions. L'émission passe aussi par L'Imprudence (2002), son goût pour Kurt Weill, son attrait pour les « monstres » (Dracula, Nosferatu), personnages exclus auxquels il s'identifiait, et Bleu pétrole (2008), dernier album, alors qu'il était déjà atteint du cancer qui l'emportera en 2009. L'émission se clôt sur une archive de 2006 sur sa chanson Ma petite entreprise, qu'il dit avoir chantée pour défendre les petites entreprises face aux gros trusts, et sur le plaisir de s'adresser aux autres par la chanson.
Excerpts
“« Le but n'est jamais d'obscurcir mais d'être plus vrai. C'est pour moi une façon de livrer une part d'inconnu qu'on ne prend généralement pas en compte. La langue française est bizarre, il faut parfois dire le contraire d'une chose pour l'évoquer au plus juste. J'ai l'impression de parler la langue parallèle, qui en dit davantage parce qu'elle échappe à une logique cartésienne. »”
“« Quand j'ai commencé, il fallait que tout soit rock, c'était une sorte de fascisme de se retrouver tous avec des bananes et de ne pas pouvoir aimer aussi Bartók. »”
“« J'ai dû être attiré par des personnages un petit peu monstres, peut-être que je me sentais différent. Je me disais : comment je vais faire dans la vie ? Je me sens à part. Je crois que tout le monde est passé par là. Je voyais dans ce monstre quelqu'un qui devait se cacher, qui était peut-être très malheureux parce qu'il ne ressemblait pas à tout le monde. »”