Prévert, Jacques
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique très déformée par endroits : noms propres, noms de lieux et de rues déformés, quelques phrases inintelligibles ; les passages douteux sont omis ou résumés prudemment)
Core ideas
Prévert lit les souvenirs de son enfance parisienne, à partir de Neuilly-sur-Seine en 1906, à six ans, et construit un récit fait de petites scènes cocasses ou cruelles, où l'humour sert à tenir à distance la tristesse. Le père domine le récit : il tient « ses assises » au café de l'Hôtel de Ville, écrit dans les journaux, rêve de théâtre (il a un frère acteur), travaille sans conviction dans une compagnie d'assurances nommée la Providence, souffre de neurasthénie et du « mal du pays » pour la Provence, collectionne les projets magnifiques et les ennuis d'argent, et aime répéter « le chien aboie, la caravane passe ». La mère, drôle et rieuse, apprend à lire à l'enfant avec des contes, chante, rit (le « fou rire » communicatif), tient la maison à flot et sait rassurer le père, sans jamais le juger. Le premier épisode, dans la rue et au bois, montre des foules qui se battent en criant « à bas Loubet », « vive la France », « vive Déroulède » ou « mort aux juifs » : le petit garçon, dont le chat s'appelle Loubet, ne comprend pas ces gens qui insultent son chat, et le père lui répond par les formules vagues qu'on dit aux enfants (« tu comprends », « ça leur passera »), ce qui dit l'aveuglement ordinaire devant la haine.
Le récit passe ensuite par les dimanches chez le grand-père paternel (rue Monge, près de la place Maubert, paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet), bourgeois pieux aux livres édifiants et aux albums de voyage, par un oncle un peu honteux de la famille, par le grand-père de Nantes, royaliste et capitaine au long cours, qui boit du muscadet et s'indigne contre les gens de la République (la Commune, les ouvriers de Saint-Nazaire), par les vacances en Bretagne (Pornichet, La Baule, le cousin Louis qui construit des châteaux de la Loire en carton), puis surtout par la fête foraine et les lieux de spectacle autour de la porte Maillot : les montagnes russes, le Maroc à Paris, le café-concert, le ballon captif, le jardin d'acclimatation, Buffalo Bill, le théâtre forain où l'on joue « Le Bossu » (avec Lagardère), le cirque et ses clowns, et, très noir, un petit théâtre où l’on assiste à une fausse décapitation, le père menaçant pour lui faire peur de le laisser à l’école foraine. Lecture, rêves et cauchemars occupent une place centrale : Prévert dit confondre les histoires qu'il lit, préférer « tous les autres » livres à ceux qu'on lui offre (la bibliothèque rose, les livres reçus en cadeau), évoque Les Mille et Une Nuits, Sherlock Holmes et Le Tour de France par deux enfants, et décrit les images effrayantes qui bougent sur les murs la nuit, tandis que le père, lui aussi sujet aux cauchemars, vient se faire rassurer par son fils.
La suite est la chute matérielle : la naissance du petit frère Pierre dans la maison de Neuilly, la perte de l'emploi du père, le déménagement dans un rez-de-chaussée sombre, le bistrot à crédit, puis le départ en train vers Toulon (Marseille, le château d'If, le mistral qui rend l'enfant malade, un hôtel sur une place de Toulon, le café du Chapeau-Rouge), où le père, ruiné, mélancolique, laisse entendre à son fils au bord de la mer qu'il va se jeter à l'eau, ce que la mère commente d'un « il m'a déjà fait le coup à moi aussi ». Le retour à Paris amène un logement de Vaugirard, l’école (l’enfant y entre en retard, en février, et en calcule l’ennui en minutes), le jardin du Luxembourg, les dimanches chez le grand-père, des promenades avec le père, qui visite les pauvres pour l'office central des pauvres de Paris, dans les quartiers aux jolis noms (rue du Chat-qui-pêche, rue aux Ours), le cinéma et ses bruiteurs, les chiffonniers, les égoutiers, les gens des roulottes de la zone, un bouquiniste. Le récit finit sur l'image d'un homme qui rate son train, où l'enfant comprend « si comprendre veut dire ce qu'il veut dire » qu'une part de lui s'en va avec le train, puis sur le retour à la maison, où les siens le savent triste et cherchent à le distraire : le garçon est déjà « dans un autre paysage » qu'il décrira peut-être plus tard.
Excerpts
“« Mon père tenait ses assises au café de l'Hôtel de Ville, et c'est en rêvant devant le sucre qui fondait sur le grillage de la cuillère à absinthe [...] la dernière phrase du Comte de Monte-Cristo : attendre et espérer. Et quand il était d'humeur morose, celle d'Émile Zola avant le point final du Ventre de Paris : quelles fripouilles que les honnêtes gens. »”
“« Un élève entrant en classe à 8 h 30 en sort à 11 h 30, revient à 1 heure et s'en va à 4 heures : combien de minutes s'est-il ennuyé ? [...] On est assis toute la journée, on n'a pas le choix de bouger. »”
“« Soudain, le plus simplement et terriblement du monde, je compris, si comprendre veut dire ce qu'il veut dire, qu'avec le train quelque chose de moi [...]. Je rentrais à la maison. La maison semblable, la rue avec la concierge et puis les étages, mon père, ma mère, mes frères, les chats, les oiseaux, le vin sur la table. »”