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Giono, Jean

romancier, auteur du Hussard sur le toit et de Que ma joie demeure

Jean Giono - Entretiens du côté de Manosque (Partie 1)

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - entretiens avec Jean Carrière entrecoupés de textes de Giono lus par Robert Florent et de commentaires de Carrière.

Core ideas

La première partie s'ouvre sur le pacifisme de Giono entre Munich et 1939, quand son lyrisme devient prophétique et qu'il se dit « cruel défenseur de la paix », refusant de servir de « matière première » aux gouvernements. Il rejette pourtant la notion d'écrivain « engagé ». Toute action engage chacun, cordonnier comme écrivain, mais un écrivain qui s'engage devient un homme politique, et l'« engagement » d'après-guerre n'a été selon lui qu'une manière pour les partis d'utiliser les écrivains comme matière première. Il dit n'avoir aucune prise sur la bombe atomique, qu'il « accepte » faute de pouvoir la changer, et juge ridicule d'écrire un roman sur elle. Son message de 1938-1939 n'a servi à rien d'autre qu'à le satisfaire. Il oppose l'écrivain qui invente, comme Faulkner avec son Sud imaginaire ou Melville avec Moby Dick, au journaliste de talent qui copie la réalité, comme Hemingway. Le poète est celui qui apprend aux autres à voir, sentir et jouir. Avec l'image du champ de blé, qui n'est pas le même pour son propriétaire, l'économiste ou Van Gogh, il affirme qu'il n'y a pas d'œuvre objective : toute création, même scientifique, est subjective.

Giono raconte longuement ses deux emprisonnements. En 1939, pour n'avoir pas répondu à la mobilisation, il est enfermé au fort Saint-Nicolas à Marseille. Il y trouve une solitude « rafraîchissante » sans téléphone ni visites : il épuise ses souvenirs, se récite des poèmes, puis voyage en imagination sur la « carte géographique » que le salpêtre dessine au plafond, des paysages qu'il dit retrouver plus tard en mer. Privé de lecture, il découvre que ses yeux réclament seulement des formes typographiques : il « lit » à l'envers un ouvrage militaire sans intérêt, et dit n'avoir jamais fait de plus belle lecture. Il évoque aussi la vie entre détenus (un meurtrier imposant ses règles d'hygiène à la cellule, la corvée de poubelles appréciée pour la vue sur Marseille) et le juge d'instruction qui ne trouve rien dans son dossier. À la Libération, il est de nouveau emprisonné quelques mois, au fort de Saint-Vincent-les-Forts, sans procès, sur la réclamation de gens venus d'ailleurs. Il dit être resté le même sous les deux régimes : « ce sont les autres qui ont changé de place ». Il affirme avoir caché pendant l'Occupation de jeunes réfractaires, un communiste allemand et des bagages de Juifs traqués, et avoir fait libérer le pianiste Meyerovitch. Il dit avoir refusé de s'en prévaloir pour ne pas imiter les collaborateurs devenus soudain protecteurs des Juifs.

Sur la Provence, Giono se dit né en Provence par hasard, d'un père aux origines piémontaises et d'une mère d'ascendance parisienne et picarde. Il « aime ce pays comme Swann aimait Odette » sans qu'il soit son type : il déteste le soleil et la chaleur et préfère la pluie, les brumes et les étendues vides de l'Écosse. Chez lui, le soleil annonce toujours le drame, à l'image d'Œdipe aux yeux crevés. Il refuse le pittoresque de Tartarin et le Félibrige, qu'il qualifie de « tartarinade du siècle dernier ». Il juge le provençal de Mistral illisible pour les paysans eux-mêmes et ne lui reconnaîtra le statut de langue que lorsqu'il existera un traité de géométrie en provençal. Sa Provence, comme le Sud de Faulkner, est inventée, et selon lui l'écrivain qui l'a le mieux décrite est Shakespeare. Il évoque le mystère de la Haute-Provence et de la montagne de Lure, découverte à onze ans lors d'une fugue autorisée par son père : cinq francs en poche, une diligence pour Banon, puis un marchand de chevaux qui l'emmène à la foire de Sisteron. Il dit aussi son amitié avec Pagnol et ses doutes sur la culpabilité de Gaston Dominici.

La fin de cette partie est consacrée à ses goûts et à sa vie quotidienne. Il ne conduit pas et déteste l'avion, mais aime le bateau. Il moque les « sportifs assis » devant le football télévisé, puis raconte l'arrivée triomphale d'un berger éthiopien pieds nus au marathon de Rome et sa propre maigreur de conscrit en 1915. Il décrit les recettes qu'il ne peut plus manger depuis son régime sans sel : « comme je ne peux pas les manger, je les décris ». Côté musique, il place Mozart et Stendhal au sommet parce qu'ils lui apportent toujours ce qu'il leur demande. Il aime Monteverdi, la musique italienne, Haendel et Carl Orff, et éprouve une répulsion physique pour Ravel, faute d'y percevoir une construction. Il dit avoir construit Le Hussard sur le toit comme une ouverture à l'italienne. Il revient sur ses essais de cinéma (Crésus avec Fernandel), son amitié avec Bernard Buffet et Gide, et l'anecdote du braconnier Bergues, qui avalait des grenouilles vivantes en regardant Gide jouer aux échecs. Pour l'île déserte, il n'emporterait finalement qu'un seul livre : Don Quichotte.

Excerpts

Giono raconte comment il lisait en prison un livre tenu à l'envers :

“je me suis aperçu là à ce moment là de ce que je te dit tout à l'heure et que ce donc mes yeux avaient besoin c'était de la forme typographique sans tenir compte du tout du sens [...] alors je te tourner mon livre à l'envers et je me suis promené dans cette cour en tournant les pages régulièrement comme si j'avais lu mon livre ou un bréviaire et je n'ai jamais fait de lecture aux plus belles que celles”

Sur l'œuvre, qui ne copie jamais le réel, avec l'image du champ de blé :

“il existe un champ de blé ce champ de blé il existe pour son propriétaire il existe pour le pouvoir qui proviendra sa famille automobile dimanche après midi il existe pour l'économie se distinguer qui lui comptera [...] il ya le champ de blé de van gogh et le champ de blé de l'économiste distinguer et les innombrables champs de blé de tous ceux qui voient les champs de blé mais qu'il n'ya pas pour l'homme le champ de blé pure et simple”

Sur son rapport ambivalent à la Provence :

“j'aime ce pays je laime contrairement je laime comme comme swann et mais odette à un moment à se rendre en grande finale avant que c'était la femme qui ne lui convenaient [...] la provence ce n'est pas mon type de pays si j'habitais un pays que j'aime [...] j'habitais un pays où il pleut [...] l écosse c'est un pays que j'aime parce qu à d et les mystères il ya déjà des pluies il ya des brouillards”