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Auster, Paul

romancier américain

Paul Auster - Entretien (L'Heure bleue)

Artesquieu · Jun 23, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique avec de nombreuses déformations, notamment dans les réponses d'Auster qui paraissent traduites ou approximatives ; les propos sont restitués avec prudence)

Core ideas

L'émission ouvre sur un passage de 4 3 2 1 où le héros, Archie Ferguson, compare la vie non à un livre mais à un quotidien (événements majeurs à la une, sports à la fin, lecture à reculons). Auster explique que son plus ancien souvenir remonte à trois ans et demi (un dimanche matin, son père lui donne une prune qu'il jette dans la rue, avec une « immense culpabilité » qu'il garde soixante-sept ans après), parle de la mort de son père, dont il avait à vider la maison (il se souvient de la centaine de cravates jamais portées qu'il donnait à une œuvre de charité sous la pluie, moment où il a enfin pleuré) et décrit un père discret, dépressif, mal à l'aise dans l'intimité mais généreux avec les étrangers, marqué par une enfance dure (sa mère était morte quand il avait sept ans), alors que sa mère le voyait comme « un prince » ; ce portrait est dans L'Invention de la solitude, écrit au début des années 1980. Il a commencé 4 3 2 1 à l'âge exact où son père est mort (66 ans), se sentant « hanté » par l'idée de mourir avant d'avoir terminé, et l'a écrit en trois ans, comme dans une « danse » ou une « transe », sans plan ni carte, ne trouvant la fin qu'aux trois quarts du livre.

Le roman de 1 200 pages raconte quatre variations possibles de la vie d'un même personnage, Ferguson, né à New York dans les années 1950 : il s'agit d'explorer la contingence (« on vit une seule vie, mais il y a toujours la possibilité qu'on aurait pu suivre un autre chemin ») : circonstances de famille, d'argent, d'histoire (il n'a pas connu la guerre, ni un bombardement qui aurait tué ses parents). Il en donne un exemple personnel : sa rencontre avec sa femme, sa femme depuis trente-sept ans, l'écrivaine (nom déformé dans le transcript, vraisemblablement Siri Hustvedt), lors d'une soirée de poésie à laquelle il hésitait à aller, par fatigue ; il ajoute qu'on ne choisit pas sa vie dans la plupart des cas (son père voulait étudier mais n'en avait pas les moyens). Jean Frémon, dans son avis, rappelle qu'Auster avait voulu distinguer ses œuvres autobiographiques de ses fictions, voit dans le roman quatre histoires qui « ne disent pas toute la vérité » mais « disent bien des vérités », comparables aux contours multiples des dessins de Giacometti, et reconnaît dans Ferguson le jeune poète venu à Paris que lui-même a connu, quand il travaillait avec Jacques Dupin à la galerie Maeght.

Auster précise que le livre « vient de ma vie » mais n'est pas « un récit sur ma vie » : Ferguson partage avec lui l'amour de la musique, l'écriture et le sport (un tiers du livre est consacré au basket-ball), la chronologie et la géographie de New York (assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam), mais il ne pourrait pas écrire sur un lieu qu'il n'a pas vécu (« il faut avoir senti les odeurs, la qualité de l'air »). Il dit que la sexualité n'a pas été difficile à écrire, ni le désir pour un homme, mais bien la lutte d'un petit garçon de huit ans contre Dieu après la mort de son père ; il explique le « monastère de verre » du journaliste (qui regarde sans pouvoir agir), cite la musique comme « liquide amniotique », annonce un livre en cours sur un écrivain américain de la fin du XIXe siècle mort à 28 ans (nom déformé, apparemment Stephen Crane), mentionne qu'il n'a pas écrit de poème depuis près de quarante ans mais « aimerait bien » en refaire un jour. L'émission passe aussi la voix de Borges sur la nécessité d'écrire, qui dit voir le commencement et la fin d'une histoire mais pas le milieu.

Excerpts

“« On vit une vie, on suit un chemin, mais il y a toujours la possibilité qu'on pourrait suivre un autre chemin, et je ne parle pas seulement des choix qu'on fait mais des circonstances dans lesquelles on se trouve. [...] Chaque situation crée une possibilité, et à côté de ces possibilités il y en a d'autres. »”

“« Ce livre vient de ma vie, mais ce n'est pas un livre sur ma vie, c'est la distinction. Ferguson n'est pas moi, mais il partage beaucoup de choses avec moi. [...] Je ne pourrais pas écrire un roman sur des lieux que je ne connais pas : il faut avoir vécu les choses, avoir senti les odeurs, avoir senti la qualité de l'air qui entoure son corps, et on ne trouve pas ça dans les livres. »”

“« Est-ce qu'on peut choisir sa vie ? Non, je ne crois pas. Il y a des moments où on peut : on décide d'être médecin et on va à l'école. Mais parfois des circonstances interviennent, et on ne peut pas choisir. [...] Pour la plupart de l'humanité, c'est comme ça : on n'a pas de grands choix dans la vie. »”