Bégaudeau, François
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Core ideas
Définir la bourgeoisie : une situation et un système de pensée. Bégaudeau dit se reconnaître dans le « tu » de son essai (adressé à la bourgeoisie) : il n'est pas issu de la bourgeoisie, mais le succès (romans, « Entre les murs », Palme d'or) lui a donné accès à un patrimoine bourgeois ; il revendique une « critique de la bourgeoisie » conséquente, y compris pour lui-même, face à l'accusation d'hypocrisie (la « gauche caviar »). Pour lui, est bourgeois celui qui conjugue une situation sociale (patrimoine, capital culturel) et un système de pensée qui en est la légitimation idéologique (défense de la propriété privée, par exemple) ; on peut avoir l'une sans l'autre (ouvriers qui pensent « bourgeois »).
Les mots creux de la bourgeoisie. Dans la tradition de Flaubert (Dictionnaire des idées reçues), il recense des mots à valeur « performative ou incantatoire » : le progressisme, qui chez Macron signifierait le culte de l'innovation (« promouvoir l'iPhone 7 contre l'iPhone 6 »), et le déclinisme, dont la stigmatisation servirait la valeur première du commerce, la confiance. Il distingue une bourgeoisie « soft » (multiculturelle, cool, celle de Macron) d'une bourgeoisie « hard » (autoritaire, du type Fillon) au même fondement social, et attribue la « bêtise » de la bourgeoisie à la restriction de sa pensée à la défense de l'ordre existant.
Le « barrage » et le moindre mal. Il explique son abstention au second tour de 2017 : défendre un système « indéfendable » (qui détruit les vivants, appauvrit et prolétarise) suppose de le défendre par la négative (« le moins pire », formule de Churchill) en désignant sans cesse « un pire » (le fascisme). Il se dit « antifasciste » et accuse ceux qui ont mis en avant les questions identitaires et culturelles depuis trente ans d'avoir été des « complices objectifs » de la montée de l'extrême droite ; il soutient que la politique est « un art noble si elle s'articule au réel » : contre les forces qui détruisent la petite paysannerie ou imposent des algorithmes et l'évasion fiscale plutôt que contre le FN. Sur Zemmour (qui cite Marx), il juge sa critique du capitalisme « réactionnaire » (substantialisme du peuple français) et lui reconnaît le mérite de penser.
Intellectuels, démocratie, gilets jaunes. Il distingue des intellectuels « organiques » du système (il cite Raphaël Enthoven, brillant mais avec un « angle mort » de classe) et des intellectuels critiques, vitaux selon lui. Il soutient que « le geste même de voter est un geste antipolitique », puisque la politique est parole et délibération collective, se dit « extrémiste de la démocratie » favorable au tirage au sort, et veut que les classes populaires « arbitrent leur propre destin ». Sur les gilets jaunes, il voit « un bonheur quotidien » d'observer la peur de la bourgeoisie devant un mouvement difficile à contrôler et les disqualifications routinières (antisémitisme), souhaite qu'il évolue vers des réflexes anarchistes (ne rien attendre du pouvoir) et distingue une colère juste d'un sentiment d'avoir été « bernés » qui trahit une adhésion initiale au système.
Excerpts
“« J'appelle ça la bourgeoisie cool, la bourgeoisie soft que j'oppose à la bourgeoisie hard. »”
“« Le geste même de voter est un geste antipolitique. »”
“« La politique est un art noble si elle s'articule au réel, à ce qui est. »”