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Djian, Philippe

écrivain, auteur de « 37°2 le matin », « Bleu comme l'enfer », « Zone érogène », « Impardonnables », « Incidences » et de nombreux romans publiés chez Gallimard

Philippe Djian - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et plusieurs phrases familières ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Lieux, adolescence, premiers goûts (épisode 1). Djian explique qu'il refuse d'être « écrivain de quelque part » : parisien du 10e arrondissement, il vivait dans l'appartement de sa mère (et de son grand-père), ce qui lui semblait un héritage trop lourd, et rêvait d'ailleurs, surtout des États-Unis (musique, cinéma, littérature), au point de trouver la France « ennuyeuse » et son quartier « un petit village ». Il raconte l'ennui de l'école, ses expériences de théâtre sur les toits et dans des salles louées pour un après-midi, la passion pour Léo Ferré, les échanges de lettres avec un ami où chacun écrivait ce qu'il avait fait dans la journée (le début de l'écriture, « comme un remède »), un professeur qui pleurait en revenant de Bayreuth et lui donnait Céline hors programme, et la révélation de « L'Attrape-cœurs » de Salinger (trouver un ton, un angle). Un job d'été dans les sous-sols de Gallimard à quinze ans, puis l'amitié avec Jean de Noël, secrétaire de Benoîte et Flora Groult, qui lui prête des livres et l'encourage ; la lettre de refus de Gallimard lui disant que son style est « en dehors de la littérature » lui a paru absurde, car il ne savait pas ce que c'était d'être « dans la littérature ».

Journalisme raté, voyages et chantiers (épisode 2). Il décrit son projet de devenir journaliste : un voyage avec un ami en Colombie (après un mois à tenter de se faire embaucher sur un cargo au Havre, puis New York où ils travaillent au Rockefeller Center) pour infiltrer la guérilla avec une vague lettre de « Paris Match », qui s'est transformé en cinq mois d'aventures ; le désenchantement face aux rédactions (le travail de fond refusé), l'école de journalisme où on le trouve « trop subjectif », le travail de « rewriting » à « Détective » (feuilleton d'un playboy milliardaire). Il n'a pas été politisé en 68 (lycéen, plus attiré par la musique, les blue-jeans et les filles). Puis il part dans le Midi reconstruire des bergeries en pierre pour des Parisiens, côtoie des peintres (Gérard Gasiorowski, Jan Voss), apprend la patience et la construction (« un mur, c'est une pierre après une pierre » ; un livre, une phrase après une phrase) et l'idée de l'iceberg de Hemingway.

Les débuts d'écrivain (épisode 3). Il raconte avoir écrit ses premières nouvelles sur une machine à écrire dans une guérite de péage de l'autoroute à La Ferté-Bernard, la nuit, pour amuser ses amis, puis le recueil « Bleu comme l'enfer » et « Zone érogène » chez Bernard Barrault (un autre éditeur ayant voulu qu'il « retravaille », ce qu'il refusa), son indifférence aux jeux du milieu parisien (il refuse « Apostrophes » puis y va), le succès de l'adaptation par Jean-Jacques Beineix de « 37°2 le matin », l'argent modeste que cela lui apporte, les attaques de la critique, puis son arrivée chez Gallimard (mal perçue) et un séjour d'un an et demi aux États-Unis (Cambridge/Harvard, Martha's Vineyard) dont il revient en catastrophe.

Langue, divertissement, ateliers, cinéma (épisodes 4 et 5). Djian dit n'avoir pas d'idées à défendre ni de visée politique ou journalistique : son travail porte sur la langue, « le Graal », la mélodie du monde (il est sourd d'une oreille mais entend tout en écrivant), le sous-texte et le dialogue, et l'histoire est « la dernière roue du carrosse ». Il écrit sans savoir où il va, comme on tire une ficelle, et considère que « le problème, c'est la phrase, la cellule phrase » ; il se dédouble en celui qui écrit et celui qui lit, et ne se juge jamais satisfait d'une phrase qui ne le satisfait pas. Il revendique le divertissement (les séries comme « Breaking Bad », « Les Soprano », les thrillers) comme meilleure manière de faire passer des questions existentielles. Il anime des ateliers d'écriture (sous l'égide de Gallimard) pour faire gagner du temps aux participants et former le « meilleur critique » de soi-même, parle de transmission (Leonard Cohen, « passeur »), de ses amitiés d'écrivains (Régis Jauffret, Virginie Despentes, Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint), du succès de ses lectures en Allemagne, des difficultés de gagner sa vie comme jeune écrivain en France, de son refus de réaliser des films, de ses traductions (Martin Crimp et un autre dramaturge au nom déformé dans le transcript) et d'une carte blanche au Louvre (Noa Noa de Gauguin, Bill Viola, Louise Bourgeois), et conclut en disant que l'écriture d'un livre est un travail long et dur, comme celui d'un ébéniste.

Excerpts

“« La langue, c'est tout ce qui me fait vivre. »”

“« Mon problème, ce n'est pas le roman, c'est la phrase. »”

“« Un mur, c'est une pierre après une pierre ; le livre, c'est une phrase après une phrase. »”