Ricœur, Paul
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Core ideas
À quoi servent les philosophes ? Ricœur explique qu'il y a une philosophie pour tous les âges et tous les publics (les enfants posent déjà des questions « métaphysiques » sur l'origine et la mort) et que le philosophe est d'abord un transmetteur de grands textes, en dialogue avec les sciences. La figure du philosophe-intellectuel public (dont Sartre fut le dernier) a décliné au profit d'un travail plus modeste en équipes (commissions d'éthique), où il est un « professionnel de l'argumentation ». Sa question constante est celle du sens : plutôt qu'un vide de sens, il y a selon lui un « trop-plein » de sens hérité, mal examiné (« une vie qui n'est pas examinée n'est pas digne d'être vécue »), contenant aussi des promesses non tenues du passé.
La crise comme crise de crédibilité. L'humanité a toujours été en crise, mais ce qui frappe aujourd'hui est l'ébranlement de toutes les institutions (économiques, sociales, culturelles, religieuses) dans leur crédibilité, donc dans leur autorité : c'est une crise de confiance, la confiance dans la parole d'autrui étant la base des relations humaines. Il souligne que nous sommes plus doués pour décrire la crise que pour la résoudre, et que toute solution crée de nouveaux problèmes (partage du travail). Dans la démocratie représentative, le problème est de ne plus se reconnaître dans ses élus, ce qui renvoie à l'« estime de soi » : ne plus se sentir acteur de l'histoire.
La justice, l'indignation, les partages inégaux. La justice est à la fois une vertu (traiter également les cas semblables) et une institution, toujours en décalage ; le juge est un « tiers » qui a le droit de dire qui est coupable et qui est victime, et non de punir ; l'indignation est « notre réserve de justice » mais risque de basculer vers la vengeance. Une société strictement égalitaire serait violente, car il faudrait une autorité pour couper les têtes qui dépassent ; la question des partages inégaux concerne aussi le pouvoir de décider.
Récit, mémoire, Bosnie, futur. Interpréter le temps passe par le récit et la « mise en intrigue » : on peut toujours raconter autrement les mêmes faits ; la mémoire individuelle s'imbrique dans la mémoire collective et des récits fondateurs. En Yougoslavie, il y a des mémoires blessées contradictoires (le récit du vaincu et celui du vainqueur) ; il faut entendre toutes les mémoires, et on peut réécrire l'histoire du point de vue des victimes. Le « devoir de mémoire » est un devoir de continuer à transmettre (le mot hébreu Torah = instruction ; « monument » = avertissement) : le vrai travail de mémoire instruit la possibilité d'un futur plus pacifique. Face à l'avenir, entre prévision et utopie, il rappelle que le politique est contraint au court terme par la réélection, et que le citoyen doit penser plus loin. Il se refuse à faire le « dernier livre » et veut vivre jusqu'au bout : être vivant, puis transmettre sa part de mémoire, et être souvenu comme quelqu'un de « gai » malgré la sévérité du professeur.
Excerpts
“« c'est la crédibilité qui est le lieu de la crise c'est une crise de confiance »”
“« l'indignation c'est notre réserve de justice »”
“« le vrai travail de mémoire c'est un travail qui instruit la possibilité d'un futur plus pacifique »”