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Sollers, Philippe

écrivain, directeur de la revue « L'Infini » chez Gallimard, ancien fondateur de « Tel Quel »

Philippe Sollers - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ deux heures et demie ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, les citations et les lectures ; les passages incertains sont omis ; les confidences d'ordre intime sont résumées sobrement)

Core ideas

Le bureau, la lecture, la langue (entretien 1). Sollers fait « visiter » à la radio son bureau chez Gallimard : un rouleau chinois (un poème sur un rendez-vous manqué entre deux moines), un portrait équestre d'empereur chinois peint, dit-il, par Castiglione, une aquarelle de Rodin, un exemplaire du premier numéro de « L'Infini » (1983), les collections de « Tel Quel », une grande photo d’une femme allongée sur un damier, un Voltaire. Il refuse l'ordinateur : il écrit à la main et dit que « rien ne doit faire écran à la pensée ». Il se réclame de Montaigne (il se souvient de la visite de la tour au lycée de Bordeaux, des poutres couvertes de maximes latines, du voyage en Italie et de l'ex-voto à Lorette), pour qui les citations sont « des preuves de l'activité de l'esprit », et ironise sur Mitterrand posant avec les « Essais ». Son pseudonyme vient du latin « sollers » (« tout entier art », « ingénieux »), choisi parce qu'il était mineur à ses débuts et que sa famille ne voulait pas qu'il publie. Il se dit « un raté de la musique » (jazz, Monk, Glenn Gould), juge sévèrement l'art contemporain et le marché de l'art, et lit un extrait de « Paradis » en évoquant les corridas de Dominguín à Barcelone.

Les femmes, l'amour, la mémoire (entretien 2). Il évoque le roman « Femmes » (au pluriel, sur le modèle d'un « tableau de Mendeleïev » classant les éléments féminins), le séminaire de Lacan (« la femme n'existe pas », « il n'y a pas de rapport sexuel ») et des « vraies femmes » qui sont libres et donc dérangent la société ; il évoque Manet et l'« Olympia », les lettres de Mitterrand à Anne Pingeot, sa première liaison à l'adolescence avec une femme espagnole plus âgée, réfugiée anarchiste, qui lui a fait découvrir une autre langue et la clandestinité, et le titre « Une curieuse solitude » ; il parle de sa relation avec Dominique Rolin (leurs lettres vont paraître) et de sa rencontre en 1966 avec Julia Kristeva, qu'il décrit comme une jeune universitaire très cultivée, avec qui il parle du mariage comme « un des beaux-arts » (« quatre personnes qui dialoguent »). Il rapporte une observation de Kristeva psychanalyste : ses patients ne parviennent plus à mémoriser ce qu'ils lisent, effet, selon lui, des SMS et de l'information instantanée qui rendent « passif, manipulable, esclave » ; le texte de Voltaire sur « l'horrible danger de la lecture » sert de point d'appui.

La guerre, 68, le combat (entretien 3). Sollers parle de son enfance sous l'Occupation, de la guerre d'Algérie (« événements », « maintien de l'ordre »), et raconte comment il a échappé au service en simulant une crise de folie (grève de la faim, dessin d'un homme sans bras), puis réformé pour « terrain schizoïde » ; il dit devoir sa libération à une intervention d'André Malraux. Il décrit son mai 68 dans la rue (gaz lacrymogènes, un tablier de médecin pour passer un barrage), son enterrement de Pierre Overney aux côtés de Sartre, et affirme qu'il y a eu « une révolution » dans les mœurs. Il cite Mandelstam (« la poésie, c'est la guerre »), Clausewitz (la défensive), Sun Tzu et Monteverdi, parle de « guerre du goût » et d'un combat contre l'argent, les marchés financiers et le mauvais goût ; son livre « Contre-attaque » rassemble des « duels » écrits.

La France moisie, la Révolution, la langue (entretien 4). Il revient sur son article de 1999 dans « Le Monde », « La France moisie » (la France des préjugés, des clichés, de la peur de la liberté), qu'on lui a reproché d'être « maurrassien » alors qu'il le jugeait « violemment patriotique » : pour lui, la honte de la défaite de 1940 et de la collaboration n'a jamais été vraiment analysée. Il défend la France de la Révolution (« faite par des voluptueux », selon Baudelaire), se dit girondin et révolutionnaire parce que bordelais, critique la lecture de la Révolution « en bloc » (Clemenceau) et salue la « langue pensante » du XVIIIe siècle. Il explique son livre « Les Folies françaises » (titre d'une pièce de Couperin), qui évoque une relation père-fille, et loue Molière, la langue française, l'ironie (« si vous ne comprenez pas le deuxième ou le troisième degré, vous êtes perdus »), Rome, Venise, Hambourg, tout en dénonçant le bavardage médiatique en boucle (BFM, etc.).

L'infini, les Lumières, la Chine (entretien 5). Il présente « L'Infini » (littérature, philosophie, art, science, politique) et sa conviction que la littérature « pense plus qu'on ne croit » (Proust, Dante, De Quincey). Il voit dans la France un pays de contradictions fécondes (Sartre et Camus, Aragon et Breton), associe Pascal et Sade, évoque Lacan, « géant » dont les séminaires étaient un théâtre de pensée, Céline écrivant sous la fièvre (« à 39°, on voit tout »), de ses propres usages du cannabis (il dit n'avoir jamais été interrogé là-dessus malgré le titre « H ») et, avec une série d'affirmations très personnelles et polémiques, de la drogue des jihadistes (captagon) et du pape François (« un métier de fou », il préfère le mot « encyclopédie » à « encyclique »). Il défend les Lumières comme « aventuriers de génie », dit qu'il n'y a « pas d'apocalypse mais une aurore », et énumère les livres de son bureau : l'Iliade et l'Odyssée, la Bible, le Yi King (pratiqué comme outil de divination), la pensée chinoise où « tout se tient », Hésiode (le désir comme principe), les présocratiques, Voltaire en Pléiade (« la vitamine Voltaire »).

Excerpts

“« Rien ne doit faire écran à la pensée, et les gens qui écrivent sur ordinateur, ça se voit tout de suite. »”

“« La vie chez les humains, c'est la guerre. Ceux qui mentent, c'est ceux qui parlent de paix. »”

“« La mémoire est un sport d'assez haut niveau, c'est un muscle : si elle n'est pas entretenue, ce muscle devient de plus en plus flasque. »”