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Léautaud, Paul

écrivain et chroniqueur, longtemps secrétaire du Mercure de France, auteur du Petit Ami et d'un Journal littéraire

Paul Léautaud - Entretiens (Partie 2)

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription très altérée par la voix de Léautaud et la qualité de l'enregistrement d'époque ; la synthèse s'appuie sur les passages intelligibles.

Core ideas

Léautaud explique pourquoi il a toujours voulu exercer un métier indépendant de l'écriture : ne sachant pas où il allait, c'était le seul moyen d'assurer son équilibre et une liberté à la fois matérielle et morale. Il y a gagné de pouvoir écrire ce qu'il voulait quand il le voulait, par exemple au moment de quitter la Nouvelle Revue française après un différend avec Jacques Rivière. Entré au Mercure de France en 1895 sur recommandation et accueilli par Alfred Vallette, il décrit la revue comme une sorte de phare de la pensée, autour de Vallette, Rachilde, Remy de Gourmont et Henri de Régnier. Vallette laissait à ses collaborateurs la plus grande liberté. Pendant l'affaire Dreyfus, Léautaud dit être resté indifférent au fond, ayant même désapprouvé l'attaque de Zola. Il raconte que Paul Valéry versa son obole à la souscription de La Libre Parole pour le monument Henry « non sans réflexion », et que lui-même y souscrivit « pour l'ordre, contre la justice et la vérité », formule provocatrice que le journal publia. Il défend l'usage du mot « intellectuel » comme adjectif plutôt que comme nom.

L'essentiel de l'entretien porte sur Poètes d'aujourd'hui, l'anthologie que Léautaud a composée avec Adolphe van Bever et lancée en 1900, à une époque où l'on parlait plutôt de « florilèges ». C'est van Bever qui en eut l'idée et le nom de celui-ci figura en premier sur la couverture après un pile ou face. Mallet pointe une contradiction : Léautaud méprise la poésie et l'alexandrin (il propose en épigraphes Renan, « les poètes sont des enfants qui se sucent le pouce », et Stendhal, « l'alexandrin est un cache-sottise ») tout en ayant contribué à l'« idolâtrie » de la poésie au XXᵉ siècle. Ils passent en revue les poètes retenus, avec des jugements souvent cinglants. Il ne voit presque rien chez Barbusse et juge Henry Bataille déliquescent. Il est condescendant envers Fernand Gregh. Il est ému par le poème de Charles Guérin à Francis Jammes, qu'il lit à l'antenne, et déplore la conversion religieuse de Jammes. Laforgue lui paraît un génie et il apprécie Pierre Louÿs. Il juge Mallarmé hermétique et artificiel, ce qui ne l'empêche pas de réciter « Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui » appris par cœur. Il traite Camille Mauclair d'imitateur sans personnalité et salue Henri de Régnier, poète et romancier désintéressé, ainsi que l'élan de Laurent Tailhade.

Le ton se durcit à propos de Paul Valéry, qu'il a connu jeune. Il moque l'expression « bras indulgents et sculptés », que Valéry justifiait parce que « ça fait bien », et raconte des anecdotes de tirages limités et de signatures qui lui paraissent révéler un homme âpre au gain. Pour lui, il n'y a pas dans tout Valéry un seul vers qui vaille un vers de Verlaine. C'est Verlaine en revanche qui l'émeut : il récite « Écoutez la chanson bien douce », écrit selon François Porché au surlendemain d'une scène où Verlaine voulut tuer sa femme et son enfant, et il admet que des hommes indignes donnent le meilleur d'eux-mêmes dans leurs livres. Il évoque l'immense succès d'Albert Samain qu'il juge médiocre, et Vielé-Griffin, « le vrai poète du vers libre ». Parmi les ajouts de 1928, il retient Apollinaire, Saint-Pol-Roux et ses images, et Cocteau, à qui il prédit une grande place. Il justifie l'absence de Claudel, qu'il juge dramaturge plus que poète, et de Péguy, qu'il avoue n'avoir jamais lu, par manque de curiosité pour ce qui ne l'attire pas. Il exclut Jarry et les surréalistes, qui ne le touchent pas.

L'entretien se termine sur Le Petit Ami (1903), d'abord intitulé « Souvenirs légers », titre changé lors d'une réunion au Mercure. Mallet confronte Léautaud à ses déclarations contradictoires. Celui-ci se dit dénué d'invention, mais affirme ailleurs avoir écrit le livre en grande partie d'imagination. Il précise qu'il « portait en lui » le personnage du jeune homme ami des femmes de petite vertu et que les chapitres sur l'enfance, la mort de la jeune femme et les retrouvailles avec sa mère à Calais sont vrais, même s'il n'a pas tout dit. Il commente ses épigraphes. « L'extrême des passions est niais à noter » signifie pour lui qu'il faut dire les sentiments sans emphase. « Il n'y a dans la vie que des commencements » dit l'usure de toute chose. « De toutes les infirmités humaines, la plus triste est le sommeil de l'âme » vise ceux qui n'ont pas de vie intérieure. Il évoque enfin la phrase de sa mère, « mon Dieu que cet enfant est donc désagréable », et ses rares visites annuelles, vécues comme un supplice.

Excerpts

Léautaud justifie le choix d'un métier indépendant de l'écriture :

“j'ai toujours sur un métier parce que je ne savais pas où j'allais il n'est ce pas et puis alors je le conseille maintenant parce que c'est la seule façon l'equilibre se poser par exemple que plus tard quand par exemple j'ai été obligé de donner ma démission à la nouvelle revue française [...] si je n'avais pas eu de métier mais vous seriez trouve dans une situation difficile mais c'est aussi pour avoir votre indépendance non seulement matérielle mais morale”

Son jugement sur Valéry comparé à Verlaine :

“vous avez dit que c'était une poésie de construction purement cérébrale est venue cette passion c'est de la fabrication non non non comme vous dites je le dis toujours il n'ya pas pour moi dans valérie un seul verre qui valent le vers de verlaine”

Sur la part de vérité et d'imagination dans Le Petit Ami :

“il ya aussi les vieux garçons aux garçons qui est qui est l'ami de coeur de femmes qui font pour un studio à la retape le soir alors oui l'imaginer je le portais en moi ce n'est pas véritablement de l'imagination [...] les pages sur la rencontre de l'année à calais ne sont pas imaginer elles sont elles sont vraies”