Liddell, Angélica
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes, avec une lecture d'Artaud et une chanson ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les titres et les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Atrabile, mélancolie et enfance. Liddell explique que le nom de sa compagnie, Atra Bilis (« bile noire »), renvoie à la mélancolie qui marque tout son travail, qu'elle dit avoir depuis l'enfance (« la vie s'est chargée de me donner des raisons »). Fille d'un militaire, elle a grandi dans des casernes, avec des grands-parents paysans et analphabètes : une grand-mère composait des chants qu'elle recopiait à la machine, et faisait du théâtre sur la place du village ; elle dit avoir plus appris d'eux que de l'école d'art dramatique. À dix ans, son écriture d'enfant (un mélodrame de plusieurs centaines de pages, des poèmes sinistres) inquiète l'école au point qu'on l'envoie chez le psychiatre.
Le théâtre comme survie et vengeance. Elle raconte qu'elle ne se sentait pas « normale », attirée par les enfants différents ou en marge ; le théâtre l'a « sauvée de [elle-même] » et elle dit qu'aujourd'hui elle l'utilise pour « se venger de la vie ». Elle écrit tout et joue dans tous ses spectacles : elle a commencé à jouer elle-même, faute de trouver des acteurs complices, et il lui a fallu quinze ans pour réunir des interprètes qui comprennent sa démarche. Elle déteste les acteurs qui demandent pourquoi, préfère des corps qui ne se posent pas de questions, souvent des non-professionnels (acrobates chinois dans Maudit soit l'homme...), qu'elle fait entrer en conflit avec des acteurs professionnels sur la scène, environnement par définition artificiel.
Influences et philosophie « comme un match de foot ». Interrogée sur Artaud (dont on entend la voix : refaire l'anatomie de l'homme, le délivrer de ses automatismes), elle dit l'avoir étudié mais penser que d'autres l'ont davantage influencée : le cinéma (Buñuel, Fassbinder, Cassavetes : Opening Night comme mélange de la scène et de la vie) et la peinture. Elle dit lire les philosophes (Deleuze dont elle reprend la forme d'abécédaire, Wittgenstein, Nietzsche) « comme on suit un match de football », sans formation académique : ils lui paraissent proches de la poésie, parce qu'ils passent par l'immoralité pour arriver à la morale et parlent de l'âme humaine « sans pudeur ». Elle cherche à se détacher de la morale pour parler de ce qui est « la pire partie » d'elle-même, celle qu'on ne montre pas, et à rompre le pacte social sur scène sans finir en prison ou à l'asile : elle y construit « des prisons et des asiles de fous ».
De l'engagement public à l'intime. Elle explique avoir abandonné une figure de « résistante » (une trilogie contre la mort, dont un travail sur les migrants qui meurent dans le détroit de Gibraltar) par frustration : prendre la parole au nom de ceux qui meurent révélait un fossé entre la parole et l'action, ses mots se réduisant à des « gros titres ». Elle est revenue à l'intime et à la poésie (Belgrade, personnage qui veut souffrir par amour plutôt que pour le monde). Todo el cielo sobre la tierra (inspiré d'un poème de Wordsworth, d'un voyage en Chine et de Peter Pan) mêle trois âges et des danseurs âgés de Shanghai pour parler de la perte de la jeunesse, qu'elle vit douloureusement, comme une « vengeance lyrique ». Elle y entrelace fiction, documentaire et confession, avec une « obsession » de vérité : « la vérité elle-même doit être construite », une œuvre de théâtre n'étant ni une interview ni une déclaration.
La maternité et la scène comme dépendance. Elle explique, à propos des mères dans cette pièce, une répugnance (qu'elle dit ne pas pouvoir expliquer, peut-être liée à sa propre mère) devant les mères avec leurs enfants et n'avoir jamais voulu d'enfant, mêlant dégoût et peine ; elle rapproche cela de Peter Pan, abandonné par sa mère et qui en a besoin. Elle dit que le théâtre ne la soulage pas : elle éprouve une immense tristesse en quittant la scène et une dépendance au plateau qui est liée à sa survie, mais la scène lui permet de « tomber le masque social » et coïncide avec son être privé.
Excerpts
“« ce qui m'a sauvée de moi même »”
“« la vérité elle même elle doit être construite »”
“« des prisons et des asiles de fous sur scène »”