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Zagdanski, Stéphane

écrivain, auteur de « Céline seul », Gallimard, 1993, et d'un essai sur Proust

(Vidéo) Stéphane Zagdanski à propos de l'antisémitisme de Céline

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les noms douteux sont omis ou signalés)

Core ideas

Zagdanski raconte sa découverte de Céline à une vingtaine d'années, avec « Guignol's Band », et son « coup de foudre » stylistique : pour lui, Proust et Céline sont les deux seuls véritables révolutionnaires romanesques en pensée et en style du XXe siècle (« l'Everest et l'Himalaya »). Il décrit chez Céline l'idée que toute existence est une « mort à crédit », une « grande attaque contre le verbe » : une sorte d'électrochoc sur la langue pour être à la mesure de l'horreur du siècle, qu'il ne voit pas dans l'invention du massacre mais dans celle de la propagande et du « blabla » (le mot viendrait de Céline dans « Bagatelles pour un massacre »), dont Céline a compris les formes (sociale, fasciste, soviétique, culturelle, publicitaire), notamment dans « Mea culpa » après son voyage en URSS et à la fin de sa vie à travers la publicité et la technique. Il lit « Voyage au bout de la nuit » comme un roman planétaire sur le mal, de l'Afrique coloniale à New York.

Zagdanski précise qu'il est juif, petit-fils d'émigrés juifs de Pologne, qu'il aime sa religion, et qu'il a voulu comprendre comment fonctionne l'antisémitisme de Céline en appliquant une lecture qu'il dit « talmudique » (la lettre doit juger la lettre) : lire l'écrivain à la lumière de ses propres textes. Selon lui, Céline, après une période de « fièvre obsidionale et paranoïaque », a compris ce qui lui était arrivé, sans cesser d'être antisémite ni jamais s'excuser (une interview de 1951 où il dit que peut-être il s'est trompé reste le maximum) : il aurait compris que l'antisémitisme était « imbécile », qu'on le haïssait en France moins à cause de ses pamphlets qu'en raison de sa révolution littéraire, que presque tous ses contemporains étaient antisémites autant que lui sans le délire, et qu'il valait mieux ne pas finir comme Brasillach. Il voit dans les pamphlets la période où Céline « se dope au délire » pour nourrir sa « turbine prosodique » après l'échec relatif de « Mort à crédit » et du Goncourt, un délire comparé à une inoculation volontaire, à la manière de Semmelweis se donnant la fièvre puerpérale en fouillant un cadavre (parallèle développé par l'universitaire américaine Alice Kaplan).

Il avance que l'originalité de Céline est de mettre à nu le délire qui fonde tout antisémitisme, avec une relation en miroir et une inversion fantasmatique du judaïsme (« tout le monde est juif », Racine est juif, les juifs dynamitent la langue que lui-même veut dynamiter, avec Proust pour rival), et d'être comique et outrancier. Il décrit le judaïsme comme religion du commentaire et du texte (la Torah créée avant le monde) et estime que la haine antisémite est la transposition d'une haine du lien social pour la littérature. Il ne recommande pas ces pamphlets à ceux qui ont souffert de l'antisémitisme (ses parents ont porté l'étoile jaune), mais dit que, lus sans passion après la guerre, ils sont drôles, étonnants, mais sincères. Il raconte avoir été invité à Meudon par la veuve de Céline, Lucette Destouches, qui aurait dit à sa voisine : « Louis me le disait déjà, il n'y a que les juifs qui ne comprennent pas » (phrase transcrite de façon un peu déformée) ; il plaide « l'acquittement immédiat » de Céline en tant qu'« avocat du diable » parce que c'est un génie, qu'il n'a tué ni violé personne et a payé en prison au Danemark, et dit qu'il ne s'intéresse pas à ce que Céline pensait des juifs mais à la manière dont cela fonctionne dans sa prose. Il conclut que, selon Céline lui-même, un style est rare (« il y en a deux ou trois par siècle »), qu'il a rendu les autres écrivains de son temps illisibles et qu'il reconnaît à la fin de sa vie Proust comme son égal, en « ex æquo » sur le podium de la littérature française du XXe siècle.

Excerpts

“« Il va donc considérer que lui doit pratiquer une sorte d'électrochoc sur la langue. C'est ce qu'il va appeler sa grande attaque contre le verbe. Il doit révolutionner véritablement non seulement la littérature française, mais la langue même, le langage. »”

“« Ce qui caractérise les pamphlets, je vous le redis, c'est pas qu'il soit antisémite, c'est qu'ils sont délirants. [...] Vous ne trouverez jamais aucun antisémite qui vous dira : je suis un grand délirant, je suis un grand paranoïaque, je vois des juifs partout. »”

“« Comme disait Céline : c'est rare un style, monsieur, il y en a deux, trois par siècle. »”