Bailly, Jean-Christophe
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Core ideas
Bailly commence par son goût de la neige (transfiguration du paysage, souvenirs de la Russie) avant de présenter « Le Dépaysement » : un livre de voyages à travers la France, qui n'est pas « ma France » (il veut au contraire éliminer le possessif et penser les communautés nationales hors de leur dimension discriminante). Il explique avoir voulu, à l'époque où l'« identité nationale » était brandie de manière idéologique, aller voir sur place si le mot « France » avait des contenus, en marchant avec un carnet et un stylo : villes, parkings de supermarchés, ponts branlants, lieux sans hiérarchie (le pont du Gard comme la banlieue), avec l'idée que la mémoire est « répandue, en sommeil » et qu'elle s'éveille là où on ne l'attend pas ; il regrette des régions non traitées et rappelle un exemple vendômois (le général Rochambeau célébré comme libérateur mais connu pour avoir dressé des chiens à dévorer les esclaves révoltés). Il refuse d'être classé comme écrivain-voyageur à la Flaubert (dont il juge le voyage en Égypte médiocre par rapport à Nerval) et se rattache à la lignée lointaine du romantisme allemand, des Lumières « tamisées », et surtout de Walter Benjamin ; il n'aime pas qu'on l'appelle « poète » mais admet que le poème est pour lui la forme « la plus dure » de la littérature.
À partir d'Apollinaire (le poème « Le Pont Mirabeau », « les jours s'en vont, je demeure », qu'il voit comme un « cogito poétique » et dont il dit avoir découvert « Alcools » en troisième), il parle de Michel Leiris, qu'il a bien connu à partir de 1976 (47 ans de différence), dont l'extrait contradictoire (vouloir être poète tout en pratiquant un travail de longue haleine contre la « pensée discursive ») résume pour lui une œuvre « fleuve », attentive au réel, à rebours de la littérature « sujet-verbe-complément », et dont les écrits sur l'art viennent de paraître. Il évoque l'art ancien et contemporain, le musée de Baltimore et l'idée de Novalis (« nous vivons dans un roman colossal »), d'où son refus d'écrire des romans : le travail de l'écrivain est de « restituer le roman » du monde. Il cite le peintre Jacques Monory (de sa famille, qui lui a ouvert « la première fenêtre » sur l'art, avec une « autobiographie peinte » romantique), puis explique ses cinq ou six chantiers simultanés, son rêve romantique d'un « genre des genres » (poème, critique, fiction), sa curiosité (« attentif et distrait sont presque synonymes ») et sa collection chez Christian Bourgois sur le romantisme allemand. Il rend hommage à Philippe Lacoue-Labarthe (voix entendue en 1979 lisant un extrait de « Phrase », livre qu'il juge parmi les plus importants des vingt-cinq dernières années, entre philosophie et poésie), et conclut sur la neige, citée dans « Le Propre du langage » : un silence, « comme si tout le réel était pris dans le silence de sa chute ».
Excerpts
“« J'avais eu cette idée de tenter une espèce de portrait pour essayer de comprendre ce que pouvait vouloir dire le nom France, à l'époque où l'identité nationale était brandie comme ça de manière totalement idéologique. [...] Il n'y a pas de hiérarchie dans l'envoi des signaux. Dans le livre, je tenais non seulement à ce qu'il n'y ait pas de hauts lieux, mais ce n'était pas systématique non plus. »”
“« Nous vivons dans un roman colossal, en grand et en petit, à toute la base du travail. À chaque fois qu'on ouvre une porte ou qu'on regarde quelque chose dans une vitrine, on est toujours dans une ligne de ce roman colossal. Le travail de l'écrivain, ce n'est pas d'écrire des romans, c'est de restituer le roman. »”
“« L'événement de la neige, c'est bien sûr le silence : lorsqu'elle tombe, c'est sans faire de bruit, en une chute amortie et lente, et lorsqu'elle est tombée [...] c'est comme si tout le réel était pris dans le silence de sa chute. »”