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Binet, Laurent

écrivain, auteur de « La Septième Fonction du langage », Grasset

Laurent Binet : La septième fonction du langage

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (une émission d'environ vingt minutes ; l'entretien est court et les passages du roman lus à l'antenne en occupent une grande partie ; la transcription est par endroits déformée, surtout autour de la musique ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

La première phrase. L'émission commence par la première phrase de l'Histoire de ma fuite des prisons de Venise de Casanova, que Binet dit admirer : à la fois d'un « classicisme sublime » et « un roman à elle toute seule » (« il se passe dix mille choses en une seule phrase »). Il rappelle le mot attribué à Valéry : « la première phrase est donnée par les dieux, et ensuite c'est du travail et de la sueur ». Pour lui, la première phrase est « la clé de contact ». Il dit ne pas y passer de temps : un jour l'idée « lui vient, sortie de nulle part », puis il se met à travailler ; il n'y a « aucune démarche volontaire au commencement d'un livre », seulement une disposition d'ouverture au monde, de curiosité pour l'histoire et les connaissances.

Le roman : Barthes renversé par une camionnette. La lecture des premiers chapitres montre l'ouverture du roman : le 25 février 1980, Roland Barthes, endeuillé par la mort de sa mère, en échec avec son cours au Collège de France sur « la préparation du roman » et sorti d'un déjeuner (avec François Mitterrand, selon Binet), est renversé par une camionnette rue des Écoles. Le narrateur suggère qu'il pensait à autre chose, la « libido sciendi », et le narrateur annonce qu'il va raconter « ce qui est vraiment arrivé », que « le monde ignore encore » (« en fait, il n'est pas mort un quart d'heure après »). Le chapitre suivant évoque la sémiologie de Saussure (une science des signes dont Eco, « le sage de Bologne », serait l'un des derniers représentants vivants), et le narrateur souhaite que Fabrice Luchini lise le passage pour en faire percevoir la beauté.

Genèse du livre. Binet explique que ce qui l'a déclenché est l'importance de Barthes dans sa formation, l'accident (une camionnette) et le fait que Barthes sortait d'un déjeuner avec François Mitterrand. Il dit n'avoir jamais voulu écrire « le roman que Barthes aurait pu écrire », avoir été aidé par l'expérience de la campagne de François Hollande (qu'il a suivie) pour imaginer comment la politique peut amener à vouloir tuer des intellectuels, et remercie Jack Lang, organisateur du déjeuner, pour son aide. Il présente Barthes comme un génie du « métadiscours » : au lieu d'un grand roman à la Proust, il aura livré un cours sur la préparation du roman.

La bande-son et l'anachronisme. Le livre, qui court de février 1980 au 10 mai 1981, comporte des scènes de soirée avec une bande-son d'époque (Kim Wilde, Blondie, Cure) ; Binet explique que le choix d'un titre (« Kids in America », qui date de 1981 alors que la scène se passe en novembre 1980) est un anachronisme volontaire, « première lézarde » d'un récit qui doit se détraquer par un décalage croissant entre le récit et l'histoire. Il dit pouvoir écrire en musique, voire avec la télé allumée.

Excerpts

“« Il n'y a aucune démarche volontaire au commencement d'un livre. »”

“« La première phrase nous est donnée par les dieux, et ensuite c'est du travail et de la sueur. »”

“« La vie n'est pas un roman. C'est du moins ce que vous voudriez croire. »”