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Žižek, Slavoj

philosophe slovène né en 1949, auteur de « Moins que rien » sur Hegel et de « La nouvelle lutte des classes. Les vraies causes des réfugiés et du terrorisme », Fayard

Slavoj Žižek - Entretien (Hors-champs)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une émission d'environ quarante-cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les passages en anglais ou à voix basse ; l'extrait de Hitchcock sur « Psychose » est mal transcrit et n'est pas résumé)

Core ideas

Hegel, Lacan, l'invisible. Žižek dit que son « amour véritable » est la philosophie, spécialement l'idéalisme allemand : Lacan lui est « un outil » pour réactualiser Hegel, que la plupart des gens ridiculisent comme celui du « savoir absolu ». Il commente le titre de l'émission : la tâche de la pensée est de se centrer sur ce qui doit rester invisible pour que l'on voie ce qu'on voit. Il illustre la dialectique par une blague (« café sans crème » / « café sans lait », l'absence structure la présence) et par Sherlock Holmes (l'incident étrange du chien qui n'a rien fait) : « la pensée commence quand il ne se passe rien ». Il juge que, dans le capitalisme contemporain, il existe un « interdit de penser » non par la censure mais parce que la gauche elle-même n'ose plus poser de questions fondamentales (le destin du capitalisme, le caractère unique de la démocratie parlementaire), sauf avec Occupy Wall Street.

2011-2012 : rêves dangereux, populismes, Marx. Žižek décrit une « explosion de rêves dangereux » : pour l'establishment (printemps arabe, Occupy, Grèce) mais aussi pour les droites populistes (il cite Breivik, Geert Wilders aux Pays-Bas, Orban en Hongrie, Santorum aux États-Unis). Il estime que la vraie question est de comprendre ce qui, dans la structure du capitalisme global, pousse vers le populisme, plutôt que de s'en tenir à l'« arrogance libérale », et qu'il n'existe plus de comité secret de la classe dirigeante qui déciderait de tout. Il veut « penser plus radicalement que Marx » : la classe exploitée n'est plus seulement ouvrière (chômeurs structurels, diplômés sans avenir, États en faillite), et le capitalisme repose de plus en plus sur la rente (exemple de Bill Gates qui s'approprie l'espace symbolique commun) et sur la propriété intellectuelle (ACTA), alors que le savoir est « dans sa nature même communiste » (il circule sans perdre de valeur). Pour lui, des gens comme Gates n'ont pas inventé mais monopolisé ; Linux et Firefox lui paraissent supérieurs.

Cologne, féminisme, racisme et humour (2016). Interrogé sur son article du Nouvel Observateur après les agressions du 31 décembre à Cologne, il dit rejeter le féminisme officiel américain (récupéré par le centre libéral, il rappelle son soutien à l'invasion de l'Irak), parle d'un « carnaval populaire obscène », cite des amis arabes qui lui auraient dit que de telles scènes existent chez eux, et se voit objecter la thèse de Kamel Daoud sur la restriction du corps féminin ; il réplique que ce n'est pas une spécialité musulmane (il évoque les cas de pédophilie dans l'Église catholique comme « partie obscure mais intégrale » de son identité, citant Garry Wills). Il se dit pour l'égalité des sexes, avec maintien de la courtoisie, et défend un « racisme progressif » : échanger des blagues sur les clichés nationaux (Slovènes avares, Bosniaques obsédés, Monténégrins paresseux) crée de l'amitié tant qu'on ne nie pas l'autre ; il raconte une blague palestinienne sur le Christ et Marie-Madeleine. Il critique aussi la « culturalisation élitiste » de la gauche et l'intolérance déguisée des classes moyennes éduquées envers la « vulgarité » des hommes ordinaires.

Réfugiés, populisme, projets. Žižek soutient qu'il faut agir sur les causes (guerre d'Irak, colonialisme économique, cas du Congo et de la Libye, intérêts pétroliers en République centrafricaine) plutôt que d'accueillir « tous les pauvres du tiers monde », que l'Europe doit clarifier les règles d'intégration et organiser le transport des réfugiés depuis des bases extérieures, sous peine de déclencher un racisme populiste, et qu'il se distingue du pape François par son refus du « sentimentalisme humaniste ». Il pense que les conservateurs populistes ne peuvent gagner la guerre idéologique, mais que la responsabilité du succès populiste est dans l'échec de la gauche (qui a perdu le contact avec la classe ouvrière), d'où son soutien à Bernie Sanders. Ses projets : une version d'« Antigone », un livre sur Hegel et un livre sur la critique de l'économie politique et Marx ; il dit travailler « comme un chercheur », sans obligation pédagogique.

Excerpts

“« La pensée commence quand il ne se passe rien. »”

“« Le grand devoir des philosophes aujourd'hui, ce n'est pas d'expliquer les choses, mais de convaincre le peuple qu'il ne comprend pas. »”

“« Il y a quelque chose dans le savoir, dans ce qu'on appelle la propriété intellectuelle, qui est dans sa nature même communiste. »”