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Kofman, Sarah

philosophe, auteure de L'Enfance de l'art. Une interprétation de l'esthétique freudienne, récemment publié chez Payot

Sarah Kofman - Entretien sur Freud et "L'enfance de l'art"

Artesquieu · Jun 23, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique correcte mais par endroits déformée, notamment dans les noms et les concepts ; les attributions de certaines répliques sont incertaines lorsque les voix ne sont pas clairement distinguées)

Core ideas

Kofman explique qu'elle est venue à l'esthétique freudienne à la suite d'un article de Baudry sur Freud et la création littéraire, qui lui a paru fondé sur une lecture partielle (surtout le texte sur Gradiva) : une lecture de l'ensemble du corpus freudien (rêve, mot d'esprit, textes sur Léonard de Vinci, le Moïse de Michel-Ange, « L'Inquiétante étrangeté », le texte sur Dostoïevski) permet, selon elle, une lecture tout autre. Elle souligne l'attitude ambivalente de Freud à l'égard de l'art, qui qualifie son Moïse d'« enfant illégitime de la psychanalyse » et son Léonard de « roman psychanalytique » ; d'où son projet de lire ces textes comme des œuvres elles-mêmes, par une « double lecture » qui distingue ce que Freud dit (un vocabulaire de créateur, de don, de paternité, hérité de l'idéologie dominante) de ce qu'il fait dans l'écriture et la manière de traiter artistes et œuvres, en s'inspirant de la distinction de Derrida entre le dire et le faire.

Baudry salue le mérite du livre (avoir rassemblé pour la première fois une grande partie du corpus freudien sur l'art) mais lui adresse des objections : le livre est une défense de Freud centrée sur la critique d'une conception « théologique » (créateur/créature) sans signaler son lien avec une conception métaphysique ou idéaliste, il répond à des questions non explicitées, emprunte des notions récentes (intertextualité) sans citer leurs sources, et il nie toute contradiction dans le texte freudien alors qu'il y a une idéologie visible (paternité de l'artiste) ; il lui reproche aussi, avec ses mots, de « reconstruire non pas ce que Freud a dit mais ce qu'il aurait pu dire ». Il oppose l'usage fécond que Freud fait de modèles artistiques pour penser le rêve (condensation, déplacement, élaboration) à son traitement des œuvres, où il renvoie tout à un sujet et à des pulsions en négligeant la production signifiante, la matérialité du texte et l'histoire. Kofman répond que Freud ne néglige pas la forme (elle cite son analyse du Moïse, où il montre que les esthéticiens n'ont rien vu), que l'artiste n'est pas pour lui le « père » de ses œuvres mais que l'œuvre est une construction formelle qui permet « après coup » de construire des fantasmes et une histoire, non de les exprimer ou les projeter ; elle compare cela à Platon, qui dit que l'écriture est « orpheline ». Elle soutient que Freud veut montrer la continuité des processus (rêve, fantasme, œuvre d'art) pour s'opposer à la séparation métaphysique des facultés et aux esthéticiens de métier, tout en maintenant les différences de structure : l'image de l'arbre (mêmes processus, structures radicalement différentes des racines, du tronc, des fruits), et l'idée que les maladies sont des « caricatures » des œuvres plutôt que l'inverse.

Un autre interlocuteur (peut-être l'animateur) conclut que la pensée de Freud sur l'esthétique est « charnière » : on quitte le mythe de l'art et de la beauté avec majuscules pour entrer dans un examen des œuvres entre signifié et signifiant, ce qui rend le travail de Kofman fondamental, et il demande à Baudry si le « sujet de la psychanalyse » est le même que le sujet écrivain engendré par l'écriture, question que celui-ci tient pour centrale.

Excerpts

“« Il y a différentes lectures possibles de son texte : un plan dans lequel Freud se situe au niveau de l'idéologie, avec tous les termes de créateur, de don [...], et puis ce qu'il fait dans ses textes, dans son écriture, dans la manière dont il traite les auteurs ou les artistes. Cette distinction entre ce qu'il dit et ce qu'il fait permet de faire ce que j'appelle une double lecture. »”

“« Il ne faut pas comprendre le rapport entre le fantasme et l'œuvre comme une projection, comme s'il y avait un premier texte, celui du fantasme, qui serait traduit ou exprimé dans un autre. Le texte produit par l'artiste permet de constituer après coup un certain nombre de fantasmes [...]. Si le fantasme était déjà un texte construit, il n'y aurait pas besoin de l'œuvre d'art. »”

“« Continuité parfaite entre racines, tronc, branches et fruits, mais différence radicale du point de vue de la structure : de même que le produit qu'est le fantasme, le produit qu'est le rêve, le produit qu'est l'œuvre d'art font intervenir les mêmes processus, ils sont radicalement différents dans leur texture et leur structure. »”