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Chagall, Marc

peintre

Marc Chagall - Entretien (Couleurs du temps, couleurs de notre temps)

Artesquieu · Apr 6, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très approximative, certaines réponses de Chagall, qui parle un français hésitant, sont à peine intelligibles)

Core ideas

L'émission s'ouvre sur un poème-énumération de Charbonnier, qui dresse la liste de ce qu'il a vu sur les toiles de Chagall (un homme sur une cheminée, un âne, un violoniste, une maison au-dessus de la maison, un équilibriste, un danseur vert aux ailes blanches, des anges) pour dire que poésie et peinture sont « à ce point mêlées » chez lui qu'il faut les clés de la poésie pour y entrer. Le commentaire note que l'élément permanent de ses toiles est le « temps subjectif » d'un peintre à la fois enfant et homme, qui mêle joie et souffrance, et que ses grands thèmes (animaux, fleurs, maisons, hommes et femmes) sont presque toujours ambivalents (symboles de vie et de mort, de noces et de lit de mort). Ses toiles récentes marquent selon le commentateur la maîtrise de son art et l'apaisement d'une âme tourmentée, avec la joie d'avoir retrouvé la nature française et la tristesse de ne pas la partager.

Interrogé sur le surréalisme, Chagall refuse les classifications : il dit que sa « réalité » est construite à la fois optiquement et avec des éléments « psychiques », que l'on est « né pour voir simultanément en soi et en dehors de soi », cite des exemples de 1908-1911 (un mort dans la rue avec un musicien sur le toit, une petite vache dans la grosse vache, une autre vache la tête en bas pour souligner le mouvement) antérieurs au mouvement surréaliste, qu'il n'est jamais entré dans des « calculs de groupe » à son retour à Paris en 1923, et que ses procédés ne sont « ni littérature ni automatisme », mais strictement plastiques. Sur le cubisme, qu'il a vu naître à son premier séjour en France (1910-1914) : il l'a trouvé « décoratif » et prisonnier d'une même réalité que les réalismes précédents (Courbet, Delacroix, David), alors qu'il rêvait d'une réalité nouvelle « qui n'est pas hors de la réalité », l'abstraction elle-même étant « une figuration » par ses formes. Il cite Van Gogh et surtout « l'air libre de France », la lumière et la vie plastique, comme influences à Paris en 1910.

À propos de ses nombreuses illustrations (les Âmes mortes de Gogol, vers 1923, les Fables de La Fontaine, et surtout la Bible, son plus grand travail) et de sa céramique récente dans le Midi, il parle de la terre qu'il touche, « la terre même sur laquelle je marche est lumineuse », de la difficulté du métier (les fours dont il attend le résultat avec inquiétude) et d'un rapport entre ses racines de première patrie et de seconde patrie. Quant au sentiment religieux, il dit qu'un objet sur une table ou une pierre dans un champ peut le faire voir « religieusement » ; ses crucifixions de 1908-1912 ont pour lui une signification de « déchéance humaine » plutôt que dogmatique. Il accepte l'idée d'une « perspective du sentiment » (« vérité émotionnelle », selon Venturi), la vieille perspective étant morte au profit d'une perspective de temps et de morale, et refuse de donner un sens symbolique à ses animaux, fleurs et maisons, en soulignant plutôt leur valeur constructive dans la composition. Le commentaire met en garde contre une psychanalyse rudimentaire de l'œuvre, en rappelant que vie et œuvre « ne font qu'un », et rappelle que Ma vie est un livre de peintre, où chaque paragraphe est un tableau, avec le texte lu d'un incendie dans la ville natale (la fumée au-dessus de la synagogue, la maison natale sauvée par le père et les voisins), qui illustre le rapport entre écrire et peindre.

Excerpts

“« Je suis surréaliste, mais à quoi bon les classifications ? Je ne suis pas entré, lors de mon retour à Paris en 1923, dans des calculs de groupe ou de personnalité, et j'ai laissé la voie ouverte. [...] Les mouvements se font tout seuls, on ne les fabrique pas : rien dans la vie ne se fait que par intuition et volonté. Fuyez le dilettantisme, le fantastique : l'intuition conduit l'artiste, mais son œuvre achevée doit être un tout logique. »”

“« J'ai rêvé à une certaine réalité construite non seulement d'une façon optique, mais aussi avec des éléments de caractère psychique, lesquels apparaissent comme des éléments illogiques. C'est une réalité nouvelle, une autre réalité, mais il n'y a rien en dehors de la réalité : car même dans ce qu'on appelle abstraction, il y a aussi en réalité un angle, une ronde, une coupe sur une toile, c'est une figuration. »”

“« Je suis seul dans la rivière, je me baigne, à peine si je trouble l'eau. [...] Soudain, du bord opposé, au-dessous du toit de la synagogue, s'élance une fumée, comme si on entendait les cris du rouleau brûlant de la Torah. [...] J'aime tant les incendies. Le feu jaillit de tout côté, déjà la moitié du ciel est en fumée, il se reflète dans l'eau. [...] Mon père, moi, les voisins, nous l'arrosons, nous la mouillons. Il la sauve. »”