Compagnon, Antoine
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Core ideas
Compagnon explique qu'il revient à l'écriture de récits (il en avait publié il y a plus de trente ans, au début de sa carrière, après sa thèse) après une longue période de travaux savants, désormais au Collège de France ; plusieurs « essais critiques » attendent dans ses cours. Le déclencheur du livre fut une invitation à prononcer le discours de distribution des prix dans son ancien lycée, genre littéraire qu'il aime : pour le préparer il a écrit une première version du récit, enrichie ensuite par un cours sur l'année 1965-1966 pour donner une dimension historique et sociologique. Il dit n'avoir pas oublié la littérature (un clin d'œil à Proust au début, traité de façon ironique), que la mémoire est étrange (en commençant, il pensait ne se souvenir de rien, puis les détails sont revenus, et la publication a réveillé d'autres souvenirs, « refoulés »), et que le récit autobiographique a une part de fiction qui est « encore plus vraie » : il n'a pas relu son journal d'alors pour ne pas perturber la recréation.
Il raconte son retour en France à quinze ans, après trois ans aux États-Unis, dans cette école militaire, un « choc culturel » (le mot n'existait pas alors) ; une enfance déménagée, fils d'officier, une partie vécue en Tunisie au moment de l'indépendance, dans la violence, qui l'a « blindé ». Il voit dans l'année de première une éducation politique (comment fonctionnent l'autorité, la discipline, une petite société), une éducation sentimentale (amitié intense avec celui qu'il appelle « le grand » (nom déformé dans le transcript), proche d'un amour d'adolescence), une « indication clinique » (beaucoup de condisciples un peu « dingues »), et le rôle des livres, seul refuge contre la hiérarchie et défense de la littérature. Il insiste sur le contexte : la France était en guerre jusqu'en 1962 (Algérie), l'armée a été divisée, son père général a envisagé de démissionner et a reçu une petite bombe sur son paillasson de la part d'anciens amis, traumatisme jusqu'à sa mort, et les années 1965-1966 marquent le passage de l'économie de guerre à la société de consommation ; il note la « dialectique de la rébellion et de la discipline », les rebelles du dedans étant souvent les gardiens de l'ordre du dehors (réaction aux « Paravents » de Genet à l'Odéon). Il rattache enfin cette expérience aux cours de Foucault sur la discipline (« surveiller et punir »), expériences d'internat et de service militaire que tous les auditeurs avaient dans le corps, et dit espérer qu'on ne réalise pas les « internats d'excellence », tout en jugeant ces expériences formatrices pour longtemps.
Excerpts
“« Il y a une part de fiction comme dans tout récit autobiographique, mais je dirais que ce qui est fictif est encore plus vrai. [...] Le récit va vers plus de vérité que si on décrivait fidèlement. »”
“« Quand j'ai commencé à raconter cette année de ma vie, l'année de mes quinze ans, je pensais que je ne me souvenais de rien. [...] Et puis quand on se met à l'écrire, beaucoup de choses reviennent, beaucoup de détails. »”
“« Ce qui est intéressant, c'est d'essayer de comprendre cette sorte de dialectique de la rébellion et de la discipline : comment la rébellion crée des éléments d'ordre dans la société. »”