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Muray, Philippe

romancier et essayiste, 1945-2006, auteur de Céline, Le 19e siècle à travers les âges, Exorcismes spirituels et de Après l'histoire, Les Belles Lettres

Philippe Muray - Entretien sur ses oeuvres

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et plusieurs passages ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Un « vivant à l'ancienne », sans transcendance ni nostalgie. Interrogé sur la place qu'on peut lui assigner (« intempestif » au sens de Nietzsche, héritier d'une lignée de Joseph de Maistre, Léon Bloy ou Bernanos), Muray dit ne pas se sentir héroïque : il essaie d'observer et de raconter ce qu'il voit, son désaccord avec ce qu'il voit étant total. Il précise que, contrairement à ses prédécesseurs, il ne peut pas vitupérer au nom de Dieu, seulement de l'esprit critique, et qu'il n'est pas nostalgique : « on ne revient jamais en arrière » ; il cite des écrivains du passé (Balzac, décrivant Paris dans La Fille aux yeux d'or) pour se donner une distance, non pour regretter le Paris de Balzac.

L'« homo festivus » et la festivisation du monde. Il explique avoir forgé ce terme pour désigner l'habitant de notre époque, comme essai pour penser une métamorphose : la fête, qui était dans les temps historiques « une rupture dans le continuum de la vie quotidienne », est devenue le tout de la vie quotidienne. La « festivisation » généralisée correspond à la disparition des différences (entre fête et non-fête, entre âges, entre vivants et morts) : il cite Halloween, qui remplace la fête des morts, les fêtes multipliées (fête des grands-mères qui redouble celle des mères), le festival permanent, les grandes parades, et suggère que ce vacarme est un écran de fumée qui masque la perte du réel.

La sortie de l'histoire et le « village Potemkine ». Il avance, comme hypothèse, que nous sommes sortis de l'histoire : la « fin de l'histoire » dont on parle, la caricature de celle de Hegel et Kojève (« état homogène et universel », consensus mou), n'empêche ni catastrophes ni événements. Pour lui, 1968 aurait été un moment charnière où une fête se présentait comme une révolution. L'homme qui est sorti de l'histoire « se raconte des histoires » : la société actuelle est un gigantesque village Potemkine, non parce que la misère serait derrière les façades, mais parce que le concret a disparu, d'où une absence de pesanteur du réel que Muray avoue avoir du mal à exprimer autrement que par des métaphores.

Langage, ville, enfance : quelques symptômes. Sur le langage, il voit dans la féminisation du vocabulaire une tendance à la neutralisation (indifférenciation) et relève chez certains écrivains un style qui lui paraît relever d'une « anonymisation » de la littérature (le transcript est ici déformé) ; il dit lire beaucoup les journaux (il aime Libération) pour citer les phrases surprenantes de gens qui écrivent « de façon somnambulique ». Il relève l'usage de l'oxymore comme signe de disparition des contradictions, donc du réel. Pour la ville, il prend le roller et « la civilisation de la glisse » (les trottoirs devenus patinoires, des familles entières patinant) et les panneaux historiques qui jalonnent Paris, stèles qui n'existent que parce que les événements ont été remplacés par l'événementiel. Il décrit enfin l'assomption de l'enfant et de l'infantile (disparition de la différence entre les âges) et cite un passage de Bernanos sur l'humanité qui, promenée en fauteuil roulant, retomberait en enfance.

Rébellion routinière, prophétie et parodie. Il parle d'une institutionnalisation de la rébellion, avec le « mutin de Panurge » et le rebelle au « graff », dont les figures de 68 sont devenues l'élite au pouvoir ; mais il précise que c'est « un monde entier » et non seulement une génération. Refusant d'être futurologue ou prophète, il croit que cette « fête » ne sera pas un épiphénomène et ne voit pas comment l'homme pourrait rentrer dans l'histoire. Il compte suivre dans sa chronique de la Revue des deux mondes les festivités de l'an 2000 (dont il évoque un projet sur les Champs-Élysées au 31 décembre 1999). François Angelier résume l'entretien : nous sommes dans une « parodie » de l'histoire, ce qui renvoie à la phrase de Marx (drame puis comédie).

Excerpts

“« on ne revient jamais en arrière »”

“« une rupture dans le continuum de la vie quotidienne »”

“« il me semble qu'il ya quelque chose dont nous sommes sortis »”