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Levinas, Emmanuel

philosophe

Emmanuel Levinas sur le "Vouloir"

Artesquieu · Sep 6, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (extrait de quelques minutes ; la transcription automatique est par endroits très approximative, certaines phrases sont donc reconstituées par recoupement du sens)

Core ideas

Levinas commence par refuser deux conceptions du vouloir : il n'est ni une causalité première, donc libre (puisque l'être qui veut n'est pas issu de son propre vouloir), ni une causalité « partiellement libre », une liberté finie, notion qui, selon lui, signale un problème plus qu'elle ne le résout. La volonté est plutôt ce qui constitue un être personnel, caractérisé par la « séparation » : le vouloir exprime l'existence d'un être séparé de la totalité, non par une distance spatiale mais parce que l'être humain est « chez soi ». Ce rapport à soi ne se décrit pas comme abstraction mais comme fait concret de l'habitation, ce qui l'amène à esquisser une « phénoménologie de l'habitation ».

Contre l'idée que le monde serait simplement constitué par la pensée, il soutient que dans l'habitation « le constitué devient condition et nourriture du constituant » : le monde où je vis conditionne ma pensée, lui est antérieur, et l'intentionnalité qui vise l'extérieur devient intérieure à l'extériorité qu'elle vise, ce qui met en cause l'universalité de la méthode transcendantale de Husserl. Il crédite Descartes d'avoir refusé d'élever les données sensibles à l'idée claire et distincte en les rangeant dans l'utile. Le lieu habité n'est pas un obstacle ni un ustensile que la volonté rencontrerait : il est déjà supposé par toute entreprise, toute acceptation, tout refus, et même l'étrangeté d'un monde hostile repose sur la sécurité de cette demeure. La volonté humaine est ainsi « économique » au sens étymologique (une loi domestique), et la négativité de l'homme s'inscrit dans une « bénédiction » préalable plutôt que dans un délaissement.

De là il passe au bonheur : il ne comble pas un vide préalable mais constitue l'existence d'un être qui, dans un tout qui semble l'absorber, demeure strictement lui-même par l'unicité de sa jouissance ; le bonheur est un « principe d'individuation », un surplus d'existence impensable en catégories de la nature, et la jouissance est un souci différent de celui de persévérer dans l'être. Vouloir n'est pas vouloir être, mais vouloir des choses qui donnent un prix à l'existence (la comparaison avec les ombres de l'Hadès visitées par Ulysse souligne le contraste avec une existence réduite à l'être pur). Le chez-soi et la jouissance fondent une indépendance, mais précaire : la mort est « l'extériorité par excellence », contre laquelle on ne peut pas « pouvoir » (elle ne s'assume pas), et la violence naturelle ou humaine révèle l'illusion d'une volonté qui dominerait la puissance étrangère. La volonté est donc ambiguë, à la fois liberté et non-liberté, « contre la mort » et « pour la mort » à chaque instant. La conclusion est que « vouloir, c'est avoir du temps » : le délai avant la mort est ce qui permet de faire des choses.

Excerpts

“« La volonté, c'est l'existence d'un être séparé de la totalité. La séparation que la volonté exprime ne coïncide pas avec la séparation spatiale : la séparation à l'égard d'un tout, c'est le fait que l'être humain est chez soi. Le rapport avec soi-même qui se décrit par le terme de chez soi n'est pas une abstraction mais le fait concret de l'habitation. »”

“« Le bonheur est un principe d'individuation. [...] Le bonheur marque dans l'existence comme un surplus d'existence impensable en catégories de la nature. [...] Vouloir n'est pas vouloir d'être, mais vouloir des choses qui donnent un prix à cette existence. »”

“« La mort est l'extériorité par excellence, car elle ne s'assume pas. [...] La volonté est simultanément dans l'équivoque fondamentale du contre la mort et du pour la mort de chaque instant. [...] Vouloir, c'est avoir du temps. »”