Schmitt, Éric-Emmanuel
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Core ideas
Après un billet d'Augustin Trapenard sur la polémique entourant le dernier roman de Houellebecq (on parlerait de l'auteur plus que du livre), Schmitt répond qu'il a lu ce livre avec agrément, en y voyant surtout un auteur « cryptique », dont chaque roman en indique un autre qui aurait pu s'écrire, et qu'il compare à Wagner vu par Debussy : « on le prend pour une belle aurore alors que c'est un beau crépuscule ». Il en profite pour défendre l'optimisme : contre l'image du « ravi de la crèche », l'optimiste fait le même constat que le pessimiste (« ça ne va pas »), mais le pessimiste consent et ajoute que demain sera pire, tandis que l'optimiste « retrousse ses manches » ; l'optimisme est, avec Alain, « la volonté alliée au courage ».
Son nouveau roman raconte l'histoire de Félix, un enfant qui tente de sauver sa mère, Fatou, une Sénégalaise installée à Paris, que sa dépression pousse à tout calculer et à tout nettoyer à l'eau de Javel : le monde a « perdu son épaisseur » pour elle, qui vit dans un univers goudronné et « déraciné », coupée de la nature et d'un passé traumatique au Sénégal. Fatou tient un café à Belleville (« Au boulot »), une petite société d'exclus et d'invisibles. Schmitt y voit l'occasion de parler d'identité, qu'il dit trouver très problématique : nous sommes faits de plusieurs couches (française, spirituelle ou religieuse, régionale, familiale, philosophique), et il ne supporte pas la simplification d'une identité à une seule de ses composantes (parler uniquement en tant que catho, gay, libéral). Enfant, on lui demandait « d'où viens-tu ? », réponse « de Lyon », ce qui n'était pas la question puisqu'il a visiblement du sang mêlé ; il dit n'avoir qu'une identité, la langue française, « sa partenaire depuis cinquante ans ».
Il explique pourquoi la rédemption passe toujours par l'autre dans son cycle : sa vie a été éclairée par des rencontres (d'abord celles de ses proches, puis des professeurs) et surtout par une expérience mystique dans le Hoggar à 28 ans : perdu 32 heures sans eau ni nourriture, il vit « la plus belle nuit de sa vie », une nuit d'extase qui le fait sortir croyant d'une famille athée (normalien, élève de Derrida, auteur d'un mémoire sur Diderot) ; Dieu ne l'a pas sauvé d'une vie de débauche, mais lui a appris à habiter « avec confiance » le mystère de la condition humaine : quand il ne comprend pas, il « fait crédit ». À propos de la spiritualité, il juge que sa place est insuffisante dans une société matérialiste où l'on vend beaucoup d'antidépresseurs : « l'invisible a disparu », et le monde devient plat, à deux dimensions, alors que nous doublons toujours notre expérience matérielle d'une « donation de sens » que fournissent les grandes spiritualités. Il commente un extrait de Brel (un homme passe sa vie à compenser son enfance) : une vie d'adulte réussie donne ses moyens à l'enfant qui s'étonnait, et il pratique des « exercices d'admiration » comme remède à la dépression (« la mort du désir »).
Il explique s'être tourné vers la philosophie pour se construire une « colonne vertébrale », étant très émotif et très empathique, et dit être écrivain « comme un pommier fait des pommes » (premier roman à 11 ans, une aventure d'Arsène Lupin) ; la fiction est un masque qui permet de tout dire, et le théâtre un miroir (sa première larme « philanthropique », à 11 ans devant Cyrano de Bergerac). Il lit enfin un texte sur le tragique : face à l'horreur, nous préférons le drame (le bon et le méchant) à la tragédie, c'est-à-dire l'opposition de deux forces qui ont raison toutes les deux (fuir la misère et l'inquiétude du pays d'accueil, enrayer le réchauffement et la croissance) ; le démagogue est celui qui refuse la complexité et brandit une solution unique. Il dit s'inquiéter de la « non-écoute » entre le mépris des élites pour une partie de la population et la haine des élites par une autre, et conclut avec Proust que l'indifférence est la pire violence.
Excerpts
“« L'optimiste fait le même constat que le pessimiste sur le monde : ça ne va pas. Mais le pessimiste consent et baisse les bras, et ajoute : ça ne va pas, et demain ça sera pire, tandis que l'optimiste retrousse ses manches en disant : qu'est-ce qu'on peut faire ? Pour moi les aurores sont du côté de l'optimisme et les crépuscules du côté du pessimisme. »”
“« Ce que je ne supporte pas, c'est la simplification de l'identité, c'est quand on réduit son identité à une seule de ses composantes. Quand quelqu'un parle uniquement en tant que catho, uniquement en tant que gay, uniquement en tant que libéral, j'ai l'impression d'être en face d'une fiction qui se prend les pieds dans le tapis. »”
“« Certains problèmes demeurent sans solution, en tout cas sans solution unique. Voilà ce qu'on appelle le tragique : l'opposition de deux forces qui ne sont pas d'accord et qui pourtant ont raison toutes les deux. [...] À la tragédie nous préférons tous le drame, avec son schéma élémentaire : le bon et le méchant. »”