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Darrieussecq, Marie

alors âgée de 27 ans, romancière, normalienne

Marie Darrieussecq - Entretien (L'âge des possibles)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les extraits musicaux ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Darrieussecq explique que « Truismes » vient de loin : de son enfance au Pays basque, où elle a vu à six ans tuer le cochon (cris dans le village, couenne brûlée, entrailles « bleu irisé »), de son corps féminin d'enfant puis de la puberté vécue comme une transformation presque monstrueuse (les seins qui poussent, le corps féminin perçu comme un monstre par beaucoup de jeunes femmes), et de la volonté, très précoce, d'écrire des histoires (elle a appris à lire seule dans « Astérix » vers 5 ans et dit écrire toujours en pensant au lecteur, pour lui donner envie de tourner les pages). Le roman raconte l'histoire d'une femme qui devient progressivement, de façon aléatoire, une truie, oscillant entre les deux états. Elle dit l'avoir écrit en un mois et demi, « très inconsciemment », sans penser à la littérature de métamorphose (Kafka, Ovide, Apulée) qu'elle a ensuite reconnue comme un horizon possible ; elle explique que l'insulte « grosse truie » l'a amenée à mettre ce fantasme en jeu, et qu'elle voulait voir ce qui arrive à une société déjà en train de « se déglinguer » quand une femme se métamorphose, ce qui « met en jeu des normes, des tabous, toute une mythologie ».

Elle présente la truie comme une figure d'aliénation (pas seulement sexuelle : aliénation par les hommes, par l'argent, par une société hygiéniste, jusqu'à devenir l'égérie d'un parti « sain » qui veut se débarrasser de tout ce qui est « sale », ce qui lui semble dangereux), à la fois jouissive et dangereuse : elle n'adhère pas aux propos souvent immoraux de son personnage, qui est « détachée » de ce qui lui arrive, et ne porte aucun jugement sur l'état de truie ou d'humaine. Elle relie le livre à la vitalité née d'une peur vécue à 19 ans (trois mois à croire qu'elle avait le sida, jusqu'à un test négatif, comme une « nouvelle naissance »), mais refuse que sa fidélité actuelle soit dictée par la crainte du sida, la distinguant d'un « politiquement correct » venu des États-Unis. Elle respecte le féminisme antérieur mais regrette que certaines féministes « n'aimaient pas les hommes », dit que sa génération vit une sexualité individuelle « relativement sereine », juge que parler de sexualité est devenu « politiquement correct », lit « Marie Claire » depuis l'âge de 13 ans avec plaisir et provocation, et situe son livre à côté d'Alina Reyes et de Virginie Despentes, qu'elle juge nécessaires, sans s'inscrire dans une démarche érotique ou pornographique.

Elle parle de sa génération face au « mur de l'an 2000 » (chômage, fascisme, SDF), de la fraternité de la truie avec les exclus (le lecteur chômeur à qui elle demande pardon dans le prologue), de son amour de l'Islande (« debout sur la planète »), de la jouissance de manger comme une jouissance terrienne, des écrivains qu'elle aime (Salinger, Modiano, Dostoïevski), du fait qu'elle cloisonne ses études littéraires (thèse sur Perec et l'autobiographie) et son écriture, et de son projet d'écrire sur « la littérature de l'an 2000 » (réveillons imaginaires de la Saint-Sylvestre).

Excerpts

“« Je me suis réveillée un matin, devant ma glace, je me brosse les dents, et je me dis : qu'est-ce qui se passerait si tout à coup je voyais apparaître des symptômes et que petit à petit je me rende à l'évidence, je suis en train de devenir une truie ? Est-ce que ce serait vraiment un cauchemar, est-ce que ce ne serait pas au contraire quelque chose qui me plairait profondément ? »”

“« Écrire, c'est d'abord contre ça : c'est se frayer une brèche entre tout ce qui a déjà été dit, tout ce qui a déjà été rabâché, en particulier le politiquement correct. [...] La libération des clichés sociaux, c'est un travail au jour le jour, qui prend toute une vie. »”

“« C'est un de ces endroits du monde où je me suis sentie debout sur la planète, et c'est très important : on oublie tout, le téléphone, la ville, les répondeurs, on est debout sur la planète. On est un corps qui se promène dans l'espace terrestre, et j'ai beaucoup envie d'écrire à partir de ça. »”