Cortázar, Julio
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Core ideas
Julio Cortázar explique n'avoir jamais recherché le fantastique mais l'avoir toujours trouvé, présent dès l'enfance dans une forme de « fantastique quotidien » qui brouillait pour lui la frontière entre réel et irréel, au point de se heurter enfant à l'incompréhension de ses camarades d'école — seule sa mère, dit-il, acceptant sans le pousser cette façon particulière d'appréhender le monde. Il décrit son processus d'écriture des nouvelles comme quasi médiumnique : contrairement à ses romans, dont il se dit pleinement l'auteur, il affirme écrire la plupart de ses contes sans savoir comment ils vont finir, comme s'il en était le premier lecteur plutôt que le créateur conscient. Il se distingue explicitement de Jorge Luis Borges, dont il admire l'économie de langage et la rigueur (qu'il juge être la vraie leçon léguée aux écrivains argentins après lui) mais dont il refuse l'atmosphère intellectuelle et géométrique, revendiquant à l'inverse un fantastique plus simple, non composé, surgissant n'importe où dans la vie quotidienne. Il se démarque aussi de Lovecraft et de sa mise en scène progressive de l'horreur (marécages, vieilles demeures) : chez lui, insiste-t-il, l'irruption du fantastique naît toujours d'un cadre initial rigoureusement réaliste et quotidien — une maison, un couple, une ferme argentine reconnaissable dans ses moindres détails — avant de basculer sans prévenir, comme l'illustre la lecture d'un extrait de sa nouvelle L'Été.
Il s'interroge sur les raisons pour lesquelles l'Argentine et la région du Río de la Plata sont devenues une terre de prédilection unique pour la littérature fantastique en Amérique latine, sans toutefois trancher la question. Il revendique ensuite fermement une identité latino-américaine plutôt que strictement argentine, y voyant un rejet conscient de la vague de nationalisme exacerbé et des coups d'État militaires qui frappent alors le sous-continent (l'Argentine bascule elle-même dans la dictature militaire en 1976), et regrette que le rêve bolivarien d'unification n'ait jamais abouti. Il explique comment ses vingt-cinq années de vie en France ont enrichi sans diluer cette identité — son roman Marelle, dit-il, n'aurait pu être écrit sans ce pont dialectique entre Paris et Buenos Aires — tout en précisant que la naturalisation française lui a été refusée à deux reprises malgré ses démarches (elle lui sera accordée par François Mitterrand en 1981, cinq ans après cet entretien).
Sur la question de l'engagement littéraire, Cortázar refuse l'idée qu'un écrivain engagé doive nécessairement écrire de façon simple et populiste pour toucher les masses, revendiquant au contraire une littérature d'avant-garde expérimentale malgré le reproche d'hermétisme qu'on lui adresse parfois en Amérique latine — il se dit néanmoins pleinement responsable et actif sur le plan politique, comme en témoigne selon lui son roman Le Livre de Manuel, écrit contre la torture et les assassinats de la dictature du général Lanusse. Il précise enfin qu'un étranger résidant en France sans en avoir la nationalité n'a pas, selon lui, le droit moral de se mêler des affaires internes de ce pays, ce qui explique que son engagement politique reste dirigé exclusivement vers l'Amérique latine.
Excerpts
“« Je crois que je n'ai jamais recherché le fantastique, je l'ai trouvé [...] j'ai passé ma vie à inviter le fantastique à entrer, et il l'a fait souvent [...] ce que j'écris, c'est un peu comme si on me le dictait. »”
“« Pourquoi aurais-je compliqué les choses, pourquoi aurais-je fait comme Lovecraft qui conditionne et prépare le lecteur avec une mise en scène [...] le fantastique qui pouvait être parfois effrayant et parfois merveilleux m'arrivait de la façon la plus naturelle. »”
“« Ma véritable patrie, c'est l'Amérique latine dans son ensemble, je me sens aussi à l'aise au Mexique, en Colombie qu'en Argentine [...] nous assistons une fois de plus à une vague de nationalisme enragé en Amérique latine qui nous fait beaucoup de mal. »”