Léger, Fernand
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Core ideas
L'animateur pose le problème du public : l'art contemporain étonne et exclut ; pourquoi la nouvelle peinture est-elle comparable en France, en Grande-Bretagne, en Tchécoslovaquie ou aux États-Unis ? Anthony Blunt explique que l'influence de l'École de Paris sur la peinture britannique a été très forte entre les deux guerres (de 1920 à 1935, les peintres anglais indépendants étaient presque tous des imitateurs de Paris, avec Bonnard, Vuillard, les Fauves), mais que l'art abstrait et le surréalisme n'ont jamais « pris racine » en Angleterre, « par peur des doctrines extrêmes » ; l'évolution actuelle va vers une sorte de romantisme (Henry Moore, Graham Sutherland), nourri de Paris et de Picasso mais appuyé sur la tradition anglaise, libération qui commence vers 1935-1937 et non par la guerre.
Léger est interrogé sur les tendances françaises : il dit qu'il est difficile d'être précis car on observe des événements « pas encore concrétisés », mais que, chez les jeunes artistes, l'art abstrait a « atteint un plafond » : ils en reconnaissent la validité mais pensent qu'« il faut faire autre chose », s'intéresser à « l'homme, à l'individu, à certains sujets ». Il voit dans la peinture murale l'occasion de la concrétisation de ce changement : le tableau de chevalet sera combattu par les grands murs des usines, des grandes agglomérations, des mairies, avec un art « plus humain, plus directement compréhensible pour tout le monde » plutôt qu'un art réservé à une société d'initiés (il rappelle que l'abstrait garde sa place dans les décorations de lieux de passage). Cogniat objecte que les œuvres de jeunes peintres français sont de très grande dimension mais « très individuelles, assez tragiques, fermées », contraires à l'art social, et qu'un décalage existe entre la propagande pour un art social (surtout à l'Est) et les œuvres réellement visibles, restées individualistes et marquées de fauvisme, parce que l'École de Paris a rayonné vingt ou trente ans sur l'Europe et que les autres pays cherchent à s'en dégager en créant des écoles nationales. Léger, interrogé sur l'Allemagne (exposition Braque, jeunes Allemands enthousiastes pour la peinture « libre » et abstraite après quinze ans d'interdiction sous Hitler), et sur le Mexique (où il juge Orozco « un homme de grande classe » et Rivera « un décorateur », bien que tous deux fassent de l'art social), insiste : un art public n'est pas forcément un art collectif mais un art « accessible au public », que « tout le monde comprend et accepte », non un art d'initiés.
Léger affirme que l'art « a besoin de reprendre contact avec le public », comme « un don, une chaleur, un acte de générosité », contrairement aux sciences pures qui vivent dans un monde abstrait ; ce contact passe par le peintre et par ses « qualités individuelles » ; l'École de Paris, même ressentie comme accessible aux seuls initiés, n'était pas fermée au grand public. Blunt cite William Coldstream (nom mal transcrit), qui cherche un art social dans une tradition impressionniste mais en tableaux de chevalet, et des artistes revenant à l'art celtique archaïque. Dans la conclusion, l'animateur observe qu'on n'a pas dégagé un courant unique mais plutôt la diversité nationale ; Raymond Cogniat répond que la confusion est apparente, due à la superposition de générations, et que l'avenir est chez les garçons de 25 à 30 ans, qui retrouvent « la présence de l'homme » et la valeur sentimentale et expressive du sujet, ajoutées au rythme des formes et des couleurs. Le préambule de l'émission rappelle qu'Anthony Blunt, plus tard anobli, sera découvert comme agent double.
Excerpts
“« Si on fréquente des jeunes artistes, on s'aperçoit que la plénitude de l'art abstrait a atteint un plafond, et que la plupart des artistes français actuels constatent la validité de cet art mais pensent qu'il faut faire autre chose. Nous sommes en frontière de gens qui pensent que peut-être on pourrait s'occuper de l'homme, de l'individu, de certains sujets. Et l'art mural, les murs qui vont peut-être se présenter, vont aider beaucoup à la concrétisation du fait. »”
“« Un art public n'est pas forcément un art fait d'une façon collective : c'est un art accessible au public. C'est dans ce sens-là qu'il fait un art social : un art que tout le monde comprend et accepte, qui n'est pas un art d'initiés. »”
“« On peut admettre que les sciences pures vivent sur elles-mêmes et dans un monde abstrait qui n'est accessible qu'aux initiés, mais l'art a besoin d'une chaleur : c'est un acte de générosité. Il a besoin de reprendre, de temps à autre, même lorsqu'il atteint des zones très élevées, très épurées, un contact avec le public, pour ne pas s'appauvrir. »”