Mauriac, François
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Interrogé sur les grandes vacances de son enfance, Mauriac affirme qu'il leur doit toute son œuvre : même ses romans ont leurs racines dans les campagnes des grandes vacances, les Landes de Gironde et le Bazadais, un pays sauvage de son enfance, sans route, sans électricité, sans téléphone ni cinéma, où les paysans ne parlaient que patois, ce qui lui donne l'impression d'avoir vécu « sous l'Ancien Régime » jusqu'à ses quinze ans, quand tout est arrivé d'un coup. Il refuse l'image d'une enfance purement malheureuse ou purement heureuse : enfant tranquille, peu robuste, il a souffert à l'école (réveils glacés, omnibus à 5 h 30, récréations brutales) à cause de sa passion pour sa mère, mais il a connu des heures merveilleuses (le retour à la maison près du feu, les cadeaux de Noël et du jour de l'an, surtout les grandes vacances), et vers douze-treize ans il savait se défendre.
Un extrait de ses textes évoque les Landes, les cigales, les incendies, le ruisseau, les palombes d'octobre ; il dit retrouver aujourd'hui avec douleur un pays dévasté par les incendies et par les changements (forêts détruites, prairies devenues marécages, vieux pins pourris de l'intérieur), même si Malagar lui appartient encore. Il explique que l'enfance tient une place immense dans son œuvre, ce qu'il ne juge pas très bon signe : il se sent « prisonnier de son enfance », comme s'il n'avait pas mûri, au risque d'être « changé en statue de sel ». Il reprend le motif d'une individualité refoulée dans une collectivité (« les garçons ») dont il rêvait de s'extraire, d'une chambre pour être seul, et du bonheur-terreur de la solitude dans la lande. Il aime l'enfance, celle de son petit-fils de douze ans, pour la découverte du monde et la pureté avant la sexualité, et juge, à titre d'expérience personnelle, que les garçons ont une véritable enfance que n'ont pas les filles, qui sont « déjà femmes » ; il rappelle avoir beaucoup vécu dans une atmosphère féminine, entre cousines lectrices.
À quatre-vingts ans, la vieillesse, dit-il, est une salle d'attente, de « vacances perpétuelles » où l'on lit, écrit un peu, et vit sa vie religieuse ; l'amitié est affaire de jeunesse et la vieillesse une solitude, « l'îlot de Monte-Cristo » avec le trésor des souvenirs ; il ne bouge que par obligation familiale (jardin près de Paris, Malagar en septembre). Un texte lu du Bloc-notes oppose l'appartement parisien neutre aux maisons de famille hantées de présences effacées et évoque l'« amphibie humain capable de Dieu » de Bérulle.
Dans la partie politique, il se dit passionné par la politique (il admire de Gaulle, seul à ses yeux à la hauteur du drame, plus que Clemenceau ou Churchill), précise que c'est le chrétien, converti dans sa jeunesse par Marc Sangnier et le Sillon et resté mal à l'aise comme grand bourgeois, qui l'a poussé à intervenir, notamment pendant la guerre d'Espagne (avec Bernanos et Maritain, pour sauver « un certain honneur catholique »). Interrogé sur une « vacance de l'esprit civique », il l'attribue à l'obsession des loisirs et du confort acquis par la classe ouvrière et la petite bourgeoisie, qui rêvent leurs vacances dix mois par an (il évoque les caravanes emportées par une crue), tandis que la bourgeoisie a mis cent ans, et beaucoup de sang (juin 1848, 1871), à comprendre qu'il fallait donner du pain, du travail et des loisirs. L'émission s'achève sur un texte lu, évoquant les déportations et les crimes de guerre en Europe, qui oppose à « Machiavel » le refus de la loi de l'entre-dévorement et affirme que « toute la dignité » de l'homme tient dans la résistance qu'il lui oppose.
Excerpts
“« Mon enfance est un temps avant l'électricité, naturellement avant l'auto, avant le téléphone, avant le cinéma. Nous vivions beaucoup plus près de l'Ancien Régime que de l'époque actuelle. [...] J'ai l'impression d'avoir vécu sous l'Ancien Régime. Tout a changé brusquement quand j'avais quinze ans : tout est arrivé à la fois, l'électricité, le téléphone, les autos. »”
“« La vieillesse, c'est d'être assis dans une salle d'attente avec son bagage sur les genoux et d'attendre que le train arrive. [...] La vieillesse, c'est la solitude. [...] C'est l'îlot de Monte-Cristo : on est avec un trésor au milieu, qui est le monde du souvenir, mais c'est la solitude. »”
“« Mon métier était d'écrire des livres, mais ce qui m'a poussé à intervenir dans le débat politique, c'est le chrétien, il n'y a pas de doute. [...] J'ai toujours eu mauvaise conscience en tant que bourgeois et que grand bourgeois. Cette mauvaise conscience, je l'ai endormie pendant de très longues périodes, mais elle se réveillait à certains moments, et en particulier au moment de la guerre d'Espagne. »”