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Latour, Bruno

anthropologue et philosophe des sciences, professeur émérite à Sciences Po Paris, auteur de « Face à Gaïa » et de « Où atterrir ? Comment s'orienter en politique », qui paraît le jour de l'émission

Bruno Latour - Entretien (La nature politique)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les termes savants ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Mondialisation, nation et « terrestre ». Latour part de l'idée que nous sommes « déboussolés » parce que l'horizon vers lequel on se dirigeait, la modernisation associée à la mondialisation, n'a pas de planète correspondante : il faudrait plusieurs Terres pour la réaliser. Il oppose donc le globe (abstrait, qu'on croit connaître) au terrestre ou à la Terre, finie, mal connue (il travaille avec des scientifiques de la « zone critique », la mince couche de la surface terrestre, dont la complexité est immense). Ni la mondialisation, ni le repli sur l'État-nation ne sont des solutions : le climat ou la résistance aux antibiotiques ne se règlent pas à l'échelle des États, et les « terres » promises par les nationalismes (la Pologne ancienne, la France du Front national, l'Italie de la Ligue du Nord) n'existent plus. Il juge pourtant « tout à fait faux » d'accuser de populisme ceux qui veulent être protégés de la mondialisation (il cite Karl Polanyi sur la défense de la société) et plaide pour entendre leur aspiration à appartenir à un sol, à un métier, à un milieu.

Inégalités, déni climatique et élites. Son hypothèse (qu'il présente comme telle, sans preuve) est que les classes dirigeantes, sentant qu'on ne pourrait pas offrir à tous le rêve de la modernisation, ont renoncé au monde commun : explosion des inégalités et déni climatique seraient « le même phénomène », avec comme symboles le retrait américain de l'accord de Paris et les financements de la dénégation (il cite l'affaire Exxon, d'après lui active sur le climat jusqu'aux années 1990). Il se rapproche en cela de Naomi Klein (« la stratégie du choc ») tout en précisant qu'il s'agit d'une hypothèse, voire d'une « politique-fiction ». Il insiste sur la production active d'ignorance (coupes de crédits, séries de données interrompues) et estime que la gauche n'a jamais vraiment noué le lien entre question écologique et question sociale.

Décrire le monde commun, atterrir en Europe. Pour Latour, la politique consiste d'abord à décrire le territoire dans lequel on compte vivre (« atterrir ») : on identifie alors ses alliés et ses adversaires, avant de parler de valeurs et d'opinions. Il propose de refaire des « cahiers de doléances » décrivant les paysages concrets de nos activités (exemple de la filière viande, avec ses fermiers, abattoirs, consommateurs et mouvements animalistes), et évoque son projet théâtral « Le Théâtre des négociations » (COP21 rejouée à Nanterre-Amandiers avec 200 étudiants du monde entier, où villes, océans, atmosphère, peuples autochtones avaient la parole). Il choisit d'« atterrir en Europe », comme lieu où l'on a l'expérience concrète du dépassement de la nation, en précisant que l'Europe n'est pas que Bruxelles et que chacun doit définir son propre atterrissage.

Critique théologique et réponse. L'émission diffuse la critique de Jérôme Lamy, qui voit dans « Face à Gaïa » une « théologie écologique qui ne dit pas son nom », un panthéisme qui mêle science et religion, évacue la question des dominations et du capitalisme et multiplie les acteurs à l'infini (comparaison avec Noé et son arche). Latour répond que les sciences sociales ne prennent pas la question religieuse au sérieux alors que la religion a joué un rôle dans le déni climatique (il cite l'encyclique du pape François), que Gaïa est au contraire une théorie scientifique séculière portant un nom mythologique, et que sa différence avec les sciences sociales est qu'il ne considère pas qu'elles sachent d'avance la liste des êtres qui composent le monde.

Excerpts

“« La question politique a toujours été : décrivez le monde dans lequel vous comptez atterrir. »”

“« Le globe et la Terre, c'est pas pareil. »”

“« Il est tout à fait faux d'accuser de populisme ou de retour en arrière ceux qui veulent être protégés de la mondialisation. »”