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Guattari, Félix

psychanalyste et philosophe, co-auteur avec Gilles Deleuze de L'Anti-Œdipe et Mille Plateaux, auteur des Trois Écologies

(Vidéo) Félix Guattari - Grand entretien (1989)

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription de bonne qualité ; les questions viennent de plusieurs interlocuteurs.

Core ideas

Guattari refuse de se définir comme psychanalyste. Ce qui compte pour lui est l'analyse des formations de l'inconscient, qu'il « décentre » de la personne de l'analyste : dans la psychothérapie institutionnelle, à la clinique de La Borde, c'est un processus collectif qui analyse. Il se distingue de Reich, dont il admire le courage politique mais juge la conception de la sexualité réductrice, et parle de désir et de production collective de subjectivité plutôt que de libido. Il préfère la « singularisation » à l'« individuation » : l'individu responsable et unifié réduit la complexité d'une subjectivité faite de niveaux hétérogènes, comme le montre Daniel Stern. Pour lui, la psychanalyse « l'a bien cherché » en se dogmatisant et en vivant une vie crépusculaire d'écoles. Sa crise est grave parce qu'elle laisse revenir le comportementalisme et le scientisme, tandis que la thérapie familiale, plus ouverte, reste prise dans le systémisme anglo-saxon.

Interrogé sur la philosophie, il en fait un processus de production de concepts, sans finalité, et refuse l'« arbre », une histoire de la philosophie close sur Hegel puis vouée à pleurer sa propre mort. On peut, selon lui, entrer en philosophie par Mille Plateaux comme par Platon : l'essentiel est qu'un énoncé fasse penser. L'éthique commence avec la rupture du paradigme scientiste qui cherche des lois à appliquer. Elle naît d'un événement singulier dans une cure, une relation qui ne se reproduira pas, et rejoint par là l'esthétique. La fonction de la philosophie est de « déniaiser » la subjectivité, de la rendre à la finitude, à la naissance, à la mort et au cosmos, contre les fausses finalités du profit et du pouvoir. Face à ceux qui lui opposent la nécessité des universaux et d'une identité à reconstruire, il répond que l'on se rattrape dans la chute même, en s'inventant un monde comme un artiste, au risque permanent de l'effondrement schizophrénique. Le passé, comme chez Sartre, n'existe que recréé, et la généalogie de Foucault en montre l'usage.

Sur le politique, Guattari dit son attachement à la pensée de Sartre, tout en pratiquant un engagement plus proche de Foucault, dans les micro-politiques (éducation, prisons, psychiatrie, homosexualité). Il voit Mai 68 d'abord comme une rupture et le surgissement de formes de subjectivation hétérogènes, que les idéologies gauchistes ou maoïstes sont venues recouvrir après coup. Il propose de relire 68 à la lumière des étudiants chinois de Tiananmen. Il évoque les héritiers de Basaglia à Trieste et les luttes contre l'enfermement psychiatrique à Leros, au Brésil ou en Argentine. Il oppose une France qu'il juge provinciale et figée aux bouleversements du monde (biosphère, démographie, hyperinflation, mégapoles) devant lesquels les pouvoirs en place lui paraissent paralysés. Il interpelle Lionel Jospin sur une éducation selon lui plus conservatrice que jamais. Il ne croit guère à la « cohésion » sociale, sinon autour du star-système, dans un monde où montent le racisme et l'exclusion.

L'entretien aboutit à l'écosophie des Trois Écologies : on ne peut réparer l'environnement sans transformer aussi le tissu social et la subjectivité. Elle articule une écologie environnementale, une écologie sociale et une écologie mentale au sens de Gregory Bateson, comme travail analytique sur le rapport au monde, à la finitude et au « devenir animal ». Guattari dit l'humanité au bord d'une catastrophe possible, mais aussi riche des possibilités ouvertes par l'informatique et la biologie, et espère un ressaisissement brutal qui redéfinirait les finalités de la production. Interpellé sur le passage du micro au macro, il invoque une « symétrie d'échelle » entre le moléculaire et le global. Il défend aussi sa lecture de Kafka, « analyste » des mutations subjectives qui annonçaient le nazisme et le stalinisme, auteur d'une œuvre ouverte et inachevée. Les artistes lui apparaissent comme des « mutants » qui jouent leur existence sur un processus de singularité. Il conclut que toute politique aujourd'hui est nécessairement « multiplice ».

Excerpts

Guattari décentre l'analyse de la figure du psychanalyste :

“pour moi le la question se pose pas d'être ou ne pas être un psychanalyste, mais de savoir, euh, quelle est le l'utilité, l'opportunité de se préoccuper de l'analyse des formations de l'inconscient. Et car pour moi le sujet analytique n'est pas forcément un psychanalyste, mais peut être, euh, un processus. Un processus comme dans la psychothérapie institutionnelle, c'est un processus institutionnel qui mène l'analyse des formations de l'inconscient.”

Sur la subjectivité qui se rattrape dans la chute même :

“c'est dans ce mouvement même de fuite en avant, de reprise de soi-même, de processus qu'on peut trouver quelque chose qui n'est pas une identité, qui n'est pas l'adéquation à des universaux, mais qui est simplement euh le fait que en cours de route, en cours de mouvement, en cours de dans la chute même, on se rattrape et on se construit une une temporalité possible. On se construit des objets. On on s'invente un monde exactement comme un artiste crée produit un monde qui lui est spécifique.”

Sa définition de l'écosophie :

“on ne peut pas reprendre en main les les dimensions, les les composantes, les paramètres essentiels de la biosphère si par ailleurs on ne change pas les mentalités, si par ailleurs on ne reconstruit pas le tissu social, si on ne le réinvente pas [...] et puis au-delà de cette écosophie cette écologie sociale, une écologie mentale dans le sens de Gregory Bateson qui est finalement le le travail sur soi, le le travail analytique”