Fosse, Jon
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (entretien bref, sous-titrage automatique franco-norvégien par endroits difficile à restituer avec certitude)
Core ideas
Cet entretien bref, mené dans un bar de Bergen un jour de neige, présente Jon Fosse revenant sur son parcours d'écrivain, débuté en 1983 après plusieurs années d'écriture antérieures, et sur son rapport ambivalent à la ville où il vit sans en être originaire — il vient d'un petit village plus au sud, dont il dit tenir une part essentielle de son identité : une enfance à la campagne, dans un lieu avec très peu de maisons et très peu de lumière, dont il se sent un pur « produit » culturel. Interrogé sur son arrivée au théâtre, il insiste sur le caractère accidentel de cette trajectoire : il n'avait au départ aucun désir particulier d'écrire pour la scène, et l'écriture elle-même reste, dit-il, plus essentielle à ses yeux que le théâtre, même si ce dernier a fini par prendre une place importante dans son travail.
Fosse développe ensuite une réflexion sur le Vestland, la région côtière de l'ouest de la Norvège dont il est originaire, historiquement l'une des plus pauvres du pays malgré sa richesse actuelle, commune à l'ensemble de la Norvège. Il en décrit la mentalité traditionnelle, façonnée par la vie difficile des pêcheurs et des petites exploitations agricoles : un sens aigu de l'indépendance, une méfiance instinctive envers l'ingérence extérieure, la volonté de ne pas se laisser dicter sa conduite par autrui. Il relie cet héritage à une identité culturelle plus artistique que philosophique — selon lui, la région n'a pas produit de grands philosophes, mais de nombreux bons musiciens et artistes. Il qualifie à plusieurs reprises son propre rapport à la Norvège, au théâtre, à la littérature et à lui-même de « double » (ambivalent), sans détailler davantage cette tension.
Interrogé sur la société norvégienne, il la décrit comme fondée sur un principe d'égalité radicale, où l'on veille à ce que chacun puisse participer — mais note que l'envers de cet idéal égalitaire est une forme d'exclusion discrète de ceux qui sont différents. Sur l'avenir du pays, riche mais dont il perçoit une forme d'incertitude latente, Fosse se montre relativement confiant : il rappelle que la Norvège fut, il n'y a pas si longtemps, l'un des pays les plus pauvres d'Europe après l'Irlande, et que cette « culture des pauvres » subsisterait encore au fond de la mentalité norvégienne malgré la prospérité actuelle — une prospérité qu'il compare à une fête dont on ignore combien de temps elle durera.
Excerpts
“« Je n'avais aucun désir particulier de commencer à écrire pour le théâtre, c'est arrivé par accident — l'écriture reste pour moi plus importante que le théâtre lui-même, même si le théâtre est devenu important. »”
“« Sur la côte ouest, les gens ont eu une vie très difficile traditionnellement — des pêcheurs, le père de famille en mer, de petites exploitations — et nous avons appris de là un sens de l'indépendance, on ne veut pas que d'autres nous disent ce qu'on doit faire. »”
“« Nous sommes traditionnellement un pays pauvre, et il n'y a pas si longtemps nous étions l'un des pays les plus pauvres d'Europe après l'Irlande — cette culture des pauvres existe toujours au fond de nous. C'est vrai que maintenant nous sommes très riches, et c'est une sorte de fête, mais on ne sait pas combien de temps va durer cette fête. »”