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Masson, André

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André Masson - Entretien sur l'influence de la guerre dans sa peinture

Artesquieu · May 27, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très approximative, plusieurs passages sont difficiles à reconstituer ; la synthèse s'en tient à ce qui est clair)

Core ideas

L'introduction rappelle la place de Masson dans l'entre-deux-guerres (Miró, Juan Gris, Derain, Artaud, Leiris, Aragon, Desnos, Breton, Bataille dont il fut le beau-frère, puis Lacan), né en 1896, engagé dans l'infanterie à 19 ans et grièvement blessé lors de l'offensive du Chemin des Dames : plusieurs mois d'hôpital, une répulsion durable pour la guerre (il signe en 1960 le Manifeste des 121 sur l'insoumission pendant la guerre d'Algérie) et une peinture que la guerre de 14 « a définitivement marquée », avec la série de dessins Massacres.

Masson explique que les images vues pendant la guerre se sont « emmagasinées » et sont devenues des procédés de composition. Son exemple central est le crâne éclaté, vu « comme l'intérieur d'une grenade » : en Champagne, lors d'une offensive, il a vu dans un boyau un soldat dont la tête avait éclaté ; l'image est devenue chez lui presque obsessionnelle. Il relie cela à sa propre blessure : une balle de mitrailleuse qui, retournée par l'obstacle, a eu l'effet d'une balle explosive (les chirurgiens discutaient), et dont l'infirmier lui a montré les dégâts avec un miroir. Il distingue ce qu'il retient de l'horreur : non les plus effroyables, mais certains fragments qui s'imposent, parce que l'horreur très grande « ne faisait même plus peur » (une jambe dans une botte, les fils de fer, un homme dont il ne restait qu'une « boule rouge à la place de la tête »). Il évoque les soldats qui pressaient le pas en file indienne sachant qu'ils allaient voir une horreur, et les nettoyeurs de tranchées, spectacle « très dur à supporter ».

Il raconte ensuite une anecdote : quelques années après la guerre, près de Grasse, son voisin anglais, qui était en train de terminer son histoire universelle de la guerre de 14 (la transcription le désigne comme « Wells », sans plus de précision), l'invite à prendre le thé pour recueillir un témoignage de simple soldat, qui n'avait rien d'une histoire héroïque. Masson lui raconte huit soirées de ce qu'il a vu, sans commentaire militaire ou moral ; le voisin devient blême à l'évocation du nettoyage des tranchées, dont on ne parle jamais, et lui dit : « vous êtes un artiste et un poète », sensibilisé de telle sorte qu'il n'a rien oublié. Masson ajoute qu'il ne parlait lui-même que d'après ce qu'il avait vu, qu'avant la guerre il ne pouvait « réaliser » ce qu'il lisait chez Tolstoï, et qu'un soldat ne voit que des morceaux de bataille. Il termine en évoquant un peintre soldat allemand (« France Marc » dans la transcription, probablement Franz Marc) dont les cahiers d'études de combats, de lignes enflammées et de mines qui sautent lui ont servi pour des compositions, avant que celui-ci soit tué à Verdun.

Excerpts

“« Il y a eu des images emmagasinées qui sont devenues même des procédés de composition. Le crâne éclaté se voit comme l'intérieur d'une grenade, et j'ai vu cela en Champagne en faisant une offensive : j'ai vu un soldat dans un boyau dont la tête avait cette forme. [...] C'était devenu un peu obsessionnel chez moi. »”

“« Une jambe dans une botte peut être un objet, avec le fil de fer, toutes les épaves des batailles. [...] Les soldats s'arrêtaient d'abord de stupéfaction, et puis ils couraient. [...] On savait qu'on allait voir une horreur. »”

“« Quand je suis arrivé à l'épisode des nettoyeurs de tranchées, il est devenu blême et il m'a dit : mais jamais on n'a parlé de cela. Je lui dis : non, en effet, on ne parle pas de ce nettoyage, qui faisait pourtant partie fatale de la guerre de tranchées. »”