Marin, Maguy
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les titres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
La première partie porte sur « May B » (1981), pièce construite à partir de textes de Beckett (« Fin de partie », « En attendant Godot », « Va-et-vient », « Acte sans paroles ») et devenue pour la compagnie de Maguy Marin un repère et une ressource économique. Marin raconte que la pièce fut peu comprise en France jusqu'à ce qu'un long article d'une critique de danse américaine, dans la presse américaine, change les regards, et que certains spectateurs américains quittaient la salle en groupe ; elle dit n'avoir pas de rancune : la reconnaissance a fait vivre la compagnie. David Mambouch explique que le film cherche « ce qui se transmet », que « May B » est un « fil rouge » de sa vie (il était « dans le ventre de sa mère » quand elle la dansait), et évoque un souvenir d'enfance (la scène de l'anniversaire et le gâteau). Marin décrit sa découverte de Beckett à vingt ans, à l'école Mudra de Béjart : le rapport entre deux êtres dépendants l'un de l'autre, l'humour, le rythme précis des didascalies, la « musicalité » et le silence ; elle explique qu'il lui a fallu presque dix ans avant de demander les droits aux éditions de Minuit. Elle affirme que les corps de « May B » ne sont pas « difformes » : tous les corps le sont, et ce qui devient singulier chez quelqu'un fait sa beauté, par opposition aux « corps glorieux » et compétitifs de la danse classique qu'elle a pratiquée depuis l'âge de huit ans ; elle dit continuer à travailler la technique classique avec la compagnie (comme un cours de yoga, comme une respiration profonde) avec le professeur Norio Yoshida, et avoir voulu « fissurer » l'image des corps dansants, en donnant place à des danseuses plus âgées, mères, avec des hanches et des seins. Les deux lieder de Schubert placés en ouverture et en fermeture (cadeaux d'un ami, « talismans ») résistent à l'habitude de la danse, et Marin dit n'avoir rencontré Beckett qu'une vingtaine de minutes, avec une « bienveillance dure » qui « ouvre un boulevard de liberté ».
La seconde partie est consacrée à Elitsa Gueorguieva, dont le roman « Les cosmonautes ne font que passer » raconte une enfance bulgare coupée en deux par la chute du mur de Berlin : l'enfant qui veut devenir Gagarine (héros de propagande) puis l'adolescente qui veut devenir Kurt Cobain (héros « plus du tout héroïque »). Elle décrit la Bulgarie comme « un pays qui n'a pas de bol », qui se construit « dans un sentiment d'échec », avec une transition démocratique de près de dix ans et des clichés (la prostituée bulgare) qu'elle a choisi de mettre en jeu dans une performance « à quatre mains » avec le chorégraphe Philippe Lafeuille pour le festival Concordance : un dialogue beckettien (« est-ce que ça se voit ? ») qui se précise comme le portrait d'une femme bulgare, issue d'une minorité et victime de violences, pour qui la prostitution est aussi une manière de se réapproprier son corps, dont la voix n'est « jamais entendue » en France. Elle parle de l'« écart » de langue (écrire en français, la « théorie du bortsch » avec une autre autrice en langue étrangère), de la traduction du roman en bulgare (jeux sur les discours de propagande et sur « aimer la patrie »), de Beckett découvert à 14 ans pour le côté « empêché » de ses personnages, et d'une phrase de « Fin de partie » (« rien n'est plus drôle que le malheur ») qui éclaire pour elle l'humour noir d'Europe de l'Est. L'émission se termine sur l'idée que l'histoire se répète (manifestations de 1989 et de 95, « Nuit debout »), avec une pointe d'optimisme.
Excerpts
“« Je trouve pas que les corps de May B soient tellement difformes : si on regarde dans la rue, tout le monde est difforme. [...] Ce qui devient tellement singulier chez quelqu'un, c'est ça sa beauté. C'était important pour moi de reconnaître une beauté autre que celle qu'on m'avait appris à aimer. »”
“« Le fait de commencer la pièce par un lied de Schubert dans le noir, dans une salle de théâtre où les gens viennent voir de la danse, c'était une gageure. [...] Cette patience-là, je pense qu'elle est très beckettienne. »”
“« Un pays qui n'a pas de bol, c'est un pays qui se construit tout le temps dans un sentiment d'échec. [...] Je viens d'une génération qui a grandi dans un moment où il s'agissait de se libérer d'une dictature, et malheureusement la transition démocratique a amené un sentiment de déception. »”