Axelos, Kostas
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une émission d'environ vingt minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les termes grecs ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Héraclite, penseur ou philosophe ? L'émission présente le livre d'Axelos, qui commente et retraduit les fragments d'Héraclite (une centaine de fragments attestés, collectés chez Platon, Aristote et les auteurs hellénistiques, d'après l'édition critique de Diels : Axelos donne le texte grec, ses lectures et une nouvelle traduction). Pour Axelos, Héraclite est « le premier philosophe de l'Occident » : le mot philosophe apparaît chez lui pour la première fois, comme « amour de la sagesse et de la vérité », en opposition aux physiciens présocratiques qui cherchaient l'élément premier. Châtelet nuance : Héraclite est un penseur, pas encore un philosophe, car la philosophie comme projet autonome n'apparaît qu'avec Platon et Aristote, et il demande à Axelos pourquoi il l'a présenté dans les cadres de la philosophie traditionnelle (logique, théologie, métaphysique, anthropologie, éthique). Axelos répond que le problème est ouvert : on ne peut parler d'un « avant » que dans le langage de l'« après », mais ces dimensions étaient déjà esquissées chez Héraclite et Parménide sous le mode de l'unité de tout ce qui est.
Logos, feu, guerre. Le logos, dit Axelos, est ce qui se manifeste comme cosmos, dieu, homme, cité ; Beaufret suggère de le traduire par « verbe » (au sens actif), voire de ne pas le traduire du tout (comme le tao ou le dasein) et d'« écouter » le logos lui-même. Le feu n'est ni un principe physique, ni une réalité métaphysique, ni le feu stoïcien : il est « ce qui est clair », éclairant et brûlant, qui fait surgir, disparaître et renaître les choses, la manifestation la plus visible du logos ; le devenir héraclitéen n'est interprétable ni en termes matérialistes ni en termes idéalistes. La guerre (« père et roi de toutes choses ») est la donnée primordiale qui traverse la nature et la cité, mais Axelos refuse d'en faire une philosophie « de la guerre » avant l'heure, ou de la comprendre comme la guerre moderne ou chez Clausewitz : c'est un des visages du logos, qui est aussi harmonie, et l'on ne passe ni de la cité au cosmos ni du cosmos à la cité mais on saisit l'unité de l'homme, de la cité et de la nature (de la nature et de l'histoire).
Destin individuel et présence d'Héraclite aujourd'hui. Le destin de l'homme est celui d'un fragment de la totalité ; Axelos commente la formule sur l'« éthos » et le « démon » (ce que l'on traduit par caractère et destin) : l'être de l'homme est « en dialogue constant avec le démon », qui est le divin, sans dissociation humaniste de l'homme et du cosmos ni emprise naturaliste. Châtelet et Beaufret invitent à entendre « démon » et « dieu » d'une oreille « pas trop naïve ». Enfin, la question de l'influence : Héraclite, ignoré de Platon à Hegel, est redécouvert depuis environ cent cinquante ans par Hegel (première saisie de la dialectique), par le matérialisme dialectique (Marx, Engels), par Nietzsche (l'« innocence du devenir », « le temps est un enfant qui joue »), par Heidegger (premier penseur de l'être) et par le surréalisme : ce « retour au commencement » accompagne la tentative de « dépassement de la philosophie ».
Excerpts
“« Héraclite est un penseur, ce n'est pas encore tout à fait un philosophe. »”
“« Plutôt que de rechercher d'emblée un équivalent, c'est le logos lui-même qu'il faut écouter. »”
“« La guerre elle-même n'est qu'un des visages du logos. »”