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Cardon, Dominique

sociologue, professeur à Sciences Po et directeur du Médialab, auteur de « La Démocratie Internet », « À quoi rêvent les algorithmes » et de « Culture numérique », Presses de Sciences Po

Dominique Cardon - Entretien (Culture Numérique)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Une culture, pas seulement une technologie. Cardon rappelle que le web (30 ans) n'est pas internet (années 1970-80) et qu'il faut remettre ces débuts dans un contexte historique : internet est né de financements militaires américains en pleine guerre froide, mais ses premiers usagers y ont greffé la contre-culture des années 1970-80, un individualisme « augmenté » par l'ordinateur, libertaire, participatif, communautaire, méfiant envers le marché et l'État, d'où Wikipédia, le logiciel libre et des communautés qui définissent leurs règles. Il définit la culture numérique comme la somme des conséquences de la généralisation de l'informatique sur nos sociétés. Le logiciel libre (Richard Stallman, GNU, Linux de Linus Torvalds) a inventé l'ouverture et le partage (aussi plus fiable : presque tous les grands calculateurs tournent sous Linux), même si Stallman se dit aujourd'hui insatisfait et juge qu'il fallait viser beaucoup plus grand.

De la réciprocité aux asymétries. À l'origine, le web est un média où l'utilisateur doit être actif (poser une question, répondre), mais trente ans plus tard on observe des « asymétries incroyables » : nous sommes des utilisateurs plutôt silencieux, guidés par des plateformes (GAFA, algorithmes) qui orientent nos pratiques ; les pionniers étaient des hommes blancs, diplômés, américains. Il ne dit pas que « tout est perdu » : on peut ne pas utiliser les plateformes, être plus curieux, « savoir coder et savoir décoder », car « la carte et le territoire se sont confondus » : le numérique est devenu le monde (déplacements, économie, rencontres amoureuses).

Prophètes, Cassandre et identités. À propos de la série « Black Mirror » (note de réputation globale), il juge cette idée « sociologiquement infondée » (les réputations sont liées aux contextes, et les services qui ont tenté d'agréger une note globale ont fait faillite) ; la culture numérique, dit-il, consiste « à ne pas se laisser prendre par les discours des prophètes et des Cassandre », notamment sur l'intelligence artificielle, la science-fiction étant « assez mauvaise conseillère sur les usages ». L'identité numérique s'inscrit dans des sociétés individualistes où chacun doit se faire reconnaître (likes, « micro-gloriole »), avec un risque : alors que les pionniers jouaient d'identités multiples, les grandes plateformes (fusion annoncée de Messenger, Instagram et WhatsApp) tendent à « durcir » les identités.

Politique, souveraineté et responsabilité. Sur la démocratie numérique (plateforme Rousseau du Mouvement 5 étoiles, gilets jaunes), il estime qu'internet est avant tout un outil de conversations qui dérégule l'espace public, mais que les dispositifs centralisés autour d'un chef charismatique reproduisent des phénomènes moins intéressants que les procédures délibératives. Sur la souveraineté (projet russe d'internet indépendant, « rideau de fer numérique », pare-feu chinois), il distingue ces projets isolationnistes de la nécessité pour les États de remettre de la symétrie face aux grandes plateformes (données personnelles, fiscalité) sans s'isoler ; il insiste enfin sur la responsabilité des utilisateurs eux-mêmes plutôt que d'attendre que l'État règle tout.

Excerpts

“« Le web et internet, c'est un média dans lequel l'utilisateur doit être actif. »”

“« Ne pas se laisser prendre par [...] les prophètes et les Cassandre. »”

“« La carte et le territoire se sont confondus. »”