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Kundera, Milan

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Milan Kundera - Entretien pour la publication de "L'Insoutenable légèreté de l'être"

Artesquieu · Jun 19, 2023

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Core ideas

L'animateur rappelle sa première rencontre avec Kundera à la sortie de La Plaisanterie en 1968 pendant les événements de Tchécoslovaquie, et ce qui l'avait frappé : un écrivain « avec l'histoire ». Interrogé sur le titre (que Maurice Nadeau a rapproché des titres de Buñuel, formules à la fois abstraites et métaphoriques), Kundera dit qu'un titre doit répondre au contenu d'un livre et que celui-ci énonce une question métaphysique : la vie pèse-t-elle ou est-elle légère ? Il part de la réflexion de Nietzsche sur l'éternel retour : si tout revient, chaque acte pèse d'un poids infini, mais une vie qui ne se vit qu'une fois, sans retour, ne pèse presque rien. Le roman ne répond pas à cette question mais la regarde sous tous ses côtés : l'insoutenable légèreté peut à chaque instant devenir « douce légèreté de l'être ».

La structure du livre mêle l'histoire d'amour, les réflexions de l'auteur et l'histoire contemporaine, dans une composition que Serge Coster et l'animateur qualifient de musicale ou symphonique (leitmotive, thèmes qui s'élargissent). Le noyau est l'histoire de Thomas, médecin « don Juan » mélancolique qui refuse tout attachement (il interdit à ses maîtresses de dormir chez lui), et de Teresa, jeune serveuse qui reste, avec ses valises et ses cauchemars, et l'« attire dans sa sphère » ; Kundera dit qu'il pense à cette histoire depuis ses vingt-cinq ans et qu'une histoire d'abord « simple » devient énigmatique dès qu'on l'interroge, d'où la nécessité de la penser en même temps que de la raconter, sans qu'il se dise philosophe. Il évoque le rôle du hasard dans toute rencontre amoureuse, que l'on relit après coup comme une prédestination (« pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant, comme les oiseaux sur les épaules de saint François d'Assise »), les autres couples (Thomas et Sabina, la peintre indépendante qui entraîne l'histoire à travers l'Europe et les États-Unis, et Franz), et sa première idée : un roman fondé sur deux femmes, Teresa et Sabina, avant que les deux hommes ne prennent autant d'importance. Il affirme que Teresa, mécontente de son corps, incarne un problème que nous partageons tous (« la première offense de l'homme »), et que le roman greffe l'intime sur le destin de l'Europe.

L'invasion soviétique à Prague (1968) fait irruption dans l'histoire privée quand Teresa, devenue photographe, photographie les chars. Kundera conclut que l'Europe vit un moment où elle se demande non plus si elle sera de gauche ou de droite, mais si elle « sera ou ne sera pas » : l'Europe centrale, selon lui, « colonisée » et « orientalisée », meurt concrètement, tandis que l'Europe de l'Ouest commence à douter du progrès et de son avenir ; la légèreté de l'être renvoie alors à l'idée que l'histoire ne se fait qu'une fois et qu'il revient à chacun de « vivre et de choisir ».

Excerpts

“« C'est un des thèmes du livre, cette question métaphysique : si la vie est quelque chose qui pèse ou si la vie est quelque chose qui ne pèse pas. [...] Bien sûr, on ne trouvera jamais la réponse à cette question, parce que les questions de l'existence humaine sont toujours des questions sans réponse ; le romancier essaie plutôt de voir tous les côtés d'une telle question. »”

“« Toutes les histoires sont simples, et elles commencent à devenir difficiles dès que vous commencez à les interroger, dès que vous commencez à les voir comme des énigmes. [...] Chaque situation devient un petit mystère, et si elle devient un petit mystère, vous devez interroger ce mystère : c'est pourquoi vous ne pouvez pas seulement raconter cette histoire, vous devez aussi la penser. »”

“« Au moment où l'Europe pense, pour la première fois et d'une façon tout à fait collective, la question de sa fin possible : la question qui se pose n'est pas de savoir si l'Europe sera à gauche ou à droite, mais si l'Europe sera ou ne sera pas. [...] On ne vit qu'une fois, l'histoire ne se fait qu'une fois, elle ne recommence pas : donc c'est à nous de vivre et de choisir. »”