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Lacan, Jacques

psychanalyste

Jacques Lacan - Entretien (Les idées et les jours)

Artesquieu · Feb 16, 2025 · partial coverage

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Coverage note: full, épisode court centré sur la présentation d'*Écrits*

Core ideas

Lacan présente son recueil Écrits (paru en novembre 1966 au Seuil, 800 pages rassemblant des textes dispersés sur environ quarante ans) comme un ouvrage destiné exclusivement aux praticiens de la psychanalyse et non aux philosophes, bien qu'écrit dans une langue accessible à quiconque a reçu une formation classique — son objectif étant de « rendre maniable un certain propos constructif » et de couper court aux malentendus engendrés par la diffusion orale de son enseignement en séminaire, dont il se dit lui-même « le premier surpris ». Il resitue son œuvre en deux temps : un premier ensemble de textes, dont le « Rapport de Rome » de 1953 et l'analyse de La Lettre volée, consacré à la dénonciation de la « captation par l'imaginaire » ; puis un second ensemble par lequel la psychanalyse se greffe sur le mouvement structuraliste, définissant l'inconscient non plus en termes d'instinct mais en termes de discours — très précisément, le « discours de l'Autre ».

Il développe sa distinction technique entre le « semblable » (l'autre minuscule, l'image spéculaire s'imposant à la reconnaissance ou au ressentiment) et l'Autre avec un « grand A », qu'il définit comme la scène de la parole se posant toujours en position tierce entre deux sujets, introduisant la dimension de la vérité sous le signe inversé du mensonge. Il précise que cet Autre « n'est pas un être » mais désigne la place, à la nature inaccessible, de l'inconscient — un inconscient qu'il décrit comme un discours reconnaissable à sa structure, celle-là même du langage, justifiant le recours à la linguistique comme « science pilote » du champ humain, alors même que cette discipline moderne n'existait pas encore constituée du temps de Freud, ce qui ne l'empêche pas, selon Lacan, de décrire avec une parfaite lisibilité des mécanismes proprement linguistiques.

Il consacre une part importante de l'entretien à dissiper ce qu'il présente comme le contresens majeur affectant la réception de Freud : la confusion entre l'inconscient et l'instinct (instinct de vie, instinct de mort), qu'il attribue à une mauvaise traduction du terme freudien Trieb — rendu par « pulsion » mais compris en pratique comme « instinct » — engendrant une confusion qu'il juge totale, y compris chez certaines écoles qui rejettent purement et simplement la notion d'instinct de mort faute de pouvoir la maintenir sur un plan biologique. Il relie cette théorie de l'inconscient au complexe d'Œdipe et à la figure du « père archaïque », dont le meurtre mythique aurait fait surgir le pacte de la loi primordiale — un mythe qu'il juge rester obscur tant que la structure sous-jacente n'est pas correctement articulée, mettant en garde contre l'usage de plus en plus flou et englobant du mot « structure » dans le débat intellectuel de son temps.

Interrogé sur la portée de ses écrits au-delà des seuls psychanalystes, Lacan affirme que sa remise en cause de la « structure du sujet » — de l'unité et de la centration traditionnellement prêtées au sujet pensant — concerne en réalité toute discipline se voulant scientifique, puisqu'elle touche à la question de ce qu'est « l'unité pensante ». Il pose fermement que si l'inconscient existe, il faut réviser cette notion d'unité « jusqu'à la racine » — précisant aussitôt que l'absence d'unité du sujet ne signifie pas un dédoublement de la personnalité au sens romantique du terme, ni l'existence d'une pluralité d'instances internes, mais renvoie à la structure de la répétition, phénomène qu'il juge peut-être le plus fondamental de l'inconscient et dont l'élucidation nécessite, selon lui, de recourir aux acquis les plus récents de la logique — preuve, ajoute-t-il, que cette discipline n'est en rien une science « retardataire ». Il conclut en distinguant la prétention théoricienne, essentielle à la formation des analystes, de la pratique clinique elle-même, qui ne connaît que la parole et reste guidée par le tact et le sens clinique du praticien vers des buts volontairement limités (soulagement d'une situation pathogène, résolution d'un symptôme) — la question théorique qu'il pose intéressant selon lui, au-delà des seuls analystes, quiconque exerce une pratique précise soulevant des problèmes radicaux, ainsi que le philosophe « présent en tout un chacun ».

Excerpts

“« L'Autre avec un grand A, c'est la scène de la parole en tant qu'elle se pose toujours en position tierce entre deux sujets [...] cet Autre n'est pas un être — il s'agit là de situer la place possible, et de nature inaccessible, de l'inconscient, car l'inconscient est un discours à sa manière, mais parfaitement reconnaissable à sa structure, qui est celle même du langage. »”

“« Freud n'a jamais parlé d'instinct, mais de quelque chose dont le terme est en somme pratiquement intraduisible — il s'agit du Trieb. On le traduit par pulsion, mais à la vérité on le traduit surtout, en fait ou mentalement, par instinct, avec pour résultat la confusion la plus parfaite. »”

“« Si l'inconscient existe, il faut réviser cela jusqu'à la racine : il n'y a pas d'unité dans le sujet. Ça ne veut pas dire pour cela qu'on revienne au dédoublement de la personnalité, de fâcheuse mémoire romantique — pas d'unité ne veut pas dire qu'il y en a deux, ce qui ne ferait que redoubler l'impasse. »”