Queneau, Raymond
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (extrait très court ; la transcription automatique est déformée par endroits, notamment dans la lecture des textes de Descartes et dans le passage cité de « Saint Glinglin » ; seuls les propos intelligibles sont rapportés)
Core ideas
Un Descartes poète et moderne. L'extrait s'ouvre sur l'idée que l'admiration pour Descartes écrivain est récente : les anciens manuels d'histoire littéraire l'estimaient moins. Queneau et son interlocuteur commentent un passage (lu auparavant, qui n'est pas dans l'extrait) du « Discours de la méthode » où les villes tracées au cordeau par un ingénieur sont comparées aux vieilles cités confuses et « anarchiques » ; ils y voient une alliance de la poésie et de la logique, notamment dans l'emploi du mot « fantaisie » pour désigner l'activité de l'ingénieur. Ils y trouvent une poésie des villes multiples et désordonnées.
La lettre à Guez de Balzac sur la ville. Queneau commente la lettre écrite d'Amsterdam (le transcript la date du « 5 mai 731 », probablement 1631), où Descartes veut convaincre Guez de Balzac de venir habiter en Hollande : un éloge de la ville plutôt que de la campagne, dans un esprit « très moderne ». Même la solitude rêvée à la campagne n'y est jamais parfaite (les petits voisins importuns), alors qu'à Amsterdam chacun s'occupe de son profit et Descartes se promène parmi la foule comme parmi des arbres de forêt, le bruit des gens ne troublant pas plus ses rêveries que celui d'un ruisseau. Queneau est présenté comme un citadin qui a la campagne en horreur (la distinction entre campagne et nature semble venir de lui), et son interlocuteur rappelle un passage de son roman Saint Glinglin sur les « embêtements » de la ruralité. Il rapproche cette rêverie dans le bruit des villes de l'« homme des foules » d'Edgar Poe traduit par Baudelaire.
L'humour, le rêve et le style. L'échange fait de Descartes un auteur d'humour : la formule sur le « bon sens, chose du monde la mieux partagée » n'est pas de l'ironie mais de l'humour, à double tranchant ; la lettre sur le canal qui « fait rêver les plus grands parleurs » en est un autre exemple. Il insiste aussi sur un Descartes « amateur de rêverie » et « épris de rêve » : grand dormeur (autorisé au collège de La Flèche à se lever tard, ce dont Queneau, grand dormeur lui aussi, le félicite), il écrit dormir dix heures chaque nuit et mêler ses rêveries du jour à celles de la nuit. Le début de la troisième Méditation est ensuite lu (fermer les yeux, boucher les oreilles, se considérer soi-même comme « une chose qui pense »), dont on note la phrase courte et les propositions juxtaposées, qui donnent vie à la méditation. L'échange conclut que c'est « l'homme » qu'on y voit : un penseur libre, mathématicien génial et rêveur, qui exprime une méditation philosophique sérieuse dans des termes concrets, loin de l'« exercice d'école » ; on note enfin le goût du concret chez Descartes, pour qui les trois fins de la réflexion philosophique seraient la mécanique, la médecine et la morale.
Excerpts
“« Je me promène tous les jours parmi la confusion d'un grand peuple avec autant de liberté et de repos que vous sauriez faire dans vos allées. »”
“« Je dors ici dix heures toutes les nuits. »”
“« Ce ne serait donc pas de l'ironie, c'est vraiment de l'humour, car l'humour est à double tranchant. »”