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Louis, Édouard

écrivain, auteur d'En finir avec Eddy Bellegueule, Histoire de la violence et de Qui a tué mon père, Seuil

Edouard Louis - Entretien (Qui a tué mon père)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ une heure, découpé en plusieurs séquences ; transcription automatique par endroits déformée ; la synthèse suit les propos lisibles)

Core ideas

« La politique est une question de vie ou de mort ». À propos du demandeur d'asile guinéen Moussa Camara (menacé d'expulsion, selon lui exposé à la mort en Guinée à cause de son orientation sexuelle), Louis affirme que la politique « est une question de vie ou de mort », que les dominants, protégés par l'argent, les diplômes, le capital social, oublient son poids sur certains corps, et que des dirigeants comme Emmanuel Macron auraient « du sang sur les mains » ; il qualifie l'attitude de l'État de celle d'un assassin. Il reproche aussi au gouvernement des positions hostiles aux droits des personnes homosexuelles et trans, et décrit un basculement où le pouvoir n'a plus « honte » d'insulter les classes populaires (il évoque l'image d'une cordée où les riches tireraient les « fainéants » vers le haut, et les propos sur les ouvriers et les chômeurs), qu'il rapproche de Trump.

Masculinité, pauvreté et corps de son père. Il raconte avoir grandi dans un village ouvrier du Nord, dont les usines ont fermé, avec un père au dos broyé à l'usine à 35 ans, des frères sans travail. Citant Bourdieu, il explique que quand on enlève tout aux classes populaires (argent, capital social, culture), il ne leur reste que le corps, d'où une idéologie de la force et de la masculinité : dans son enfance, être un « vrai garçon » voulait dire résister à l'école, insulter les professeurs (un cousin qui giflait un professeur était considéré comme un héros), donc s'exclure des diplômes et d'une autre vie ; la masculinité et l'homophobie produisent de la pauvreté économique. Lui-même, « enfant gay » dans un milieu où les valeurs masculines étaient tout, dit s'en être sorti presque par accident, par la fuite, ce que son père n'a jamais pu faire.

Persécution plutôt qu'exclusion. Pour Louis, la politique agit moins par exclusion que par persécution des classes populaires : les insultes de Macron, la mort d'Adama Traoré, les convocations permanentes à Pôle emploi. Il soutient le mouvement des cheminots, qui se bat selon lui contre la reproduction sociale, car supprimer des lignes pour manque de rentabilité enferme des gens dans des petits villages et leur ôte la possibilité de « fuir ». Sur le fait que les combats (gays, trans, femmes noires, pauvres) ne soient pas unis, il pense que chaque vie a ses propres revendications et que ce n'est pas grave si les mouvements coexistent sans se rassembler.

Pourquoi « Qui a tué mon père » sans point d'interrogation. Le titre ne comporte pas de point d'interrogation parce qu'il sait « qui a tué » son père : il raconte avoir revu son père à 50 ans après des années de silence, le corps détruit (difficulté à marcher, appareil pour respirer la nuit, opérations d'éventration), et s'être demandé qui avait produit cela : il énumère des responsables politiques (dont Chirac, Sarkozy, Hollande, Valls, Macron) et des mesures, comme la réforme du RMI en RSA, qui a forcé son père à un travail de balayeur malgré son dos brisé). Il veut faire « l'histoire du corps » de son père à travers les réformes politiques, alors que la littérature et les récits de vie ignorent la politique.

Écrire contre la littérature, silence et danse. À propos des exigences de la littérature (comment écrire « Macron » dans un livre de littérature ?), il répond qu'il faut « écrire contre la littérature » et chercher une forme (livre court, saccadé, avec des noms) qui soit une confrontation directe avec la violence du monde, la littérature engagée ne suffisant plus. Il construit le livre autour du silence : il connaissait mal son père, élevé dans un milieu où la masculinité voulait dire ne jamais parler de soi ; il découvre par sa mère que son père adorait danser, écoutait de l'opéra en cachette et pleurait (alors qu'il disait qu'un homme ne pleure pas), et lui-même avait honte de danser, jugé féminin dans son village de footballeurs : « parler de soi c'est une manière de dire qu'on n'est pas seul » (il cite Annie Ernaux, Didier Eribon). Il y voit une leçon sur les normes : elles échouent à transformer les corps mais produisent la honte, et la littérature permet d'y échapper. À la question de ce qui le rend fier, il répond que c'est de voir des gens se battre, et défend, avec Beauvoir, l'idée que parler de la violence produit de la beauté.

Excerpts

“« la politique est une question de vie ou de mort »”

“« écrire contre la littérature »”

“« parler de soi c'est une manière de dire qu'on n'est pas seul »”