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Podalydès, Denis

acteur, metteur en scène, écrivain, sociétaire de la Comédie-Française

Denis Podalydès - Entretiens (A voix nue)

Artesquieu · Jun 29, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (les cinq émissions : enfance à Versailles, années de formation, devenir acteur, mise en scène et écriture, Comédie-Française)

Core ideas

Podalydès décrit une enfance versaillaise privilégiée et « très régulière » : un immeuble familial dont la grand-mère maternelle, libraire (librairie de l'avenue de Saint-Cloud), est la matriarche, un père pharmacien venu d'Algérie, une mère professeure d'anglais de gauche, trois frères dont Bruno, avec qui il joue, fait des spectacles de marionnettes et de super 8 et, plus tard, réalise des films. L'architecture classique, les jardins et le Trianon nourrissent ses rêveries et ses « déclamations » à voix haute. La bibliothèque de sa grand-mère, Claudel (Le Soulier de satin), Jean-Louis Barrault et la lecture de Proust en seconde (avec un ami, Christophe) sont ses chocs de jeunesse ; il se destine à être professeur, plein de rêveries mais timide, imitateur (« j'imite donc je suis », le « paradoxe du comédien » de Diderot) et dépendant d'un frère aîné ou d'un « mentor » qui le prenne par la main.

Dans ses années de formation (hypokhâgne, khâgne, classe libre du Cours Florent grâce à un ami, entrée au Conservatoire), il admire les camarades (dont Valérie Dréville et Anne Brochet), et deux professeurs : Michel Bouquet (le sacré des grands auteurs, méfiance envers le culte du metteur en scène) et Jean-Pierre Vincent (lucidité, travail concret, Musset arraché au sucre romantique), qui l'aident à descendre « de la tête dans la chair ». Bourdieu lui donne des outils pour comprendre ses personnages et sa classe sociale. À sa sortie, il connaît des échecs (renvoi d'un Hernani, « il faut être Depardieu »), envisage une reconversion, puis est engagé par Christian Rist (Studio classique), auprès de qui il apprend l'autonomie de l'acteur, le « working progress », la lecture rythmique des textes et l'image de Bernard Palissy jetant tout au feu pour trouver l'émail : l'acteur utilise tout. Il rencontre ensuite Piotr Fomenko (en russe, avec traduction simultanée), Thomas Ostermeier, Éric Ruf, Pascal Rambert, Arnaud Desplechin, et distingue les metteurs en scène à « art autonome » (Wilson, Castellucci) de ceux qui servent un texte. Il compare le jeu de cinéma (clavier du visage, fragments très courts, énervement nerveux, stoïcisme face à ce qui ne dépend pas de soi) à celui du théâtre (physique, spatial).

Sa première mise en scène (Les Originaux de Voltaire, 1993) coïncide avec une dépression à trente ans (insomnies, tremblements, critique de Libération qui parle de spectacle « inconstant et inconsistant »), qu'une psychanalyse, une tournée au Liban d'après-guerre et l'amitié d'Emmanuel Bourdieu (dont il monte les pièces) l'aident à surmonter. Il parle de son besoin d'un « frère » de création pour partager la responsabilité (Bruno, Bourdieu, Rist, Ruf), de ses mises en scène d'opéra et de Cyrano, et de l'écriture comme refuge (quatre livres, dont Voix off et Scènes de la vie d'acteur, et un livre sur la répétition de La Nuit des rois dirigée par Ostermeier, Les nuits d'amour sont transparentes, où il veut écrire le bonheur théâtral).

Dans le dernier entretien, il raconte son entrée à la Comédie-Française (1997, sociétaire en 2000), « chez soi » dans une institution à la fois famille et école, avec ses « trois piliers » (la troupe, le répertoire, l'alternance), sa surcharge d'agenda, son envie de « bouger de l'intérieur » pour éviter l'académisme, l'importance de la mémoire (le trou comme « sentiment de mort », la mémoire dans le corps, un monologue d'une seule phrase de cinquante-cinq minutes d'un auteur nommé « Laurent Movinier » dans la transcription), la valeur des reprises (la création est plus angoissée), et conclut qu'il préfère le chemin au résultat : la salle de répétition, où il laisse la peur à l'entrée, est pour lui un lieu de beauté.

Excerpts

“« J'ai appris énormément par imitation, imprégnation, en collant au modèle. [...] J'avais, en tant qu'acteur, le sentiment de ne pas avoir de naturel, de ne pas avoir de nature ; n'ayant pas de nature, il fallait que j'emprunte : c'est le truc de Diderot, "il faut n'avoir aucun caractère pour être capable de les imiter tous". »”

“« J'ai toujours eu cette image de Bernard Palissy, un inventeur de la Renaissance, qui a trouvé le secret de l'émail en fourrant tout et n'importe quoi dans le four : de la pierre, de la ferraille, du crottin. C'est ça être un acteur : on se sert absolument de tout, on peut être complètement charognard, se nourrir du noble, du pourri, du solide, du liquide, de l'extravagance, de la pureté. »”

“« Je me place tout le temps dans le processus avant le résultat final : c'est le chemin qui importe et pas le but. [...] J'ai toujours lutté contre la peur, et la salle de répétition est souvent un lieu où on laisse la peur à l'entrée. Je n'ai pas peur en salle de répétition. »”